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Sur le chantier L’unité de classe, contre la division selon les “origines »

J’ai travaillé sur un chantier pendant quatre mois, pour la construction d’un bâtiment municipal dans une grande ville. À une époque où l’on nous bassine avec nos identités, nos racines culturelles, il m’a paru intéressant de vous décrire la “composition ethnique” (hum hum) des différentes équipes nécessaires au bon déroulement du chantier.

D’abord, les maçons : il y avait deux équipes. La première était portugaise et Cap Verdienne (Cap Vert, ancienne colonie du Portugal). Sur dix maçons, cinq parlaient français. Les autres, on n’y comprenait rien ! Ils s’occupaient des banches (procédé par lequel on met face à face des grandes plaques en acier à une certaine distance et où on y coule du béton pour fabriquer des murs). Ils faisaient des grandes journées et se vantaient de bien gagner leur vie (environ de 2 500 à 3 000 euros pour 50 heures par semaine). Ils travaillaient vite, car ils avaient d’autres chantiers prévus en France. Ils travaillaient six mois à un an et retournaient vivre au Portugal. « On prend argent et on se casse » me disait l’un d’eux.

La seconde équipe était française, exclusivement d’origine maghrébine. Ils faisaient 35 heures par semaine. Le chef m’a dit qu’ils ne faisaient pas d’heures supplémentaires « car la boîte ne les paie pas et mes gars ne peuvent pas récupérer les heures en heures de congé. Mais des fois, pour que le chantier avance, ils bossent quand même, mais c’est rare ». Ensuite, les plaquistes qui étaient français (d’origine marocaine), les plombiers et les électriciens, c’était assez mélangé, les menuisiers étaient apparemment “Français de souche”, et là je crois avoir fait le tour (les peintres n’étaient pas encore arrivés).

Déjà, lorsque on pose la question pour connaître l’origine de chacun, c’est souvent vécu comme quelque chose de privé et qu’il n’y a pas lieu de « s’afficher comme ça sur la voie publique », me dit un plaquiste. Ensuite, pour ceux qui vivent en France depuis longtemps, ils se disent d’abord Français, avant d’être origine x. ou y. Des fois, il y a vraiment de quoi devenir fou !

Bref, finalement tout ça, c’était disons, très mélangé et très coloré, mais ça n’a posé vraiment aucun problème. Tout le monde s’entraidait, tous avaient conscience d’être des ouvriers, d’être « tous dans le même bateau, sauf les chefs qui gagnent mieux et qui font de la lèche aux patrons ! », m’a dit le plus ancien des maçons en rigolant. Alors, pour tous ceux qui rêvent de division du peuple, d’attiser des haines de race ou de religion, rengainez vos plumes et vos idées réactionnaires, la réalité sociale et matérielle nous montre tous les jours combien vos idées sont fausses et qu’elles ne pourront s’appliquer tant que le peuple aura encore cette étincelle de lucidité. Vive la lutte unie des classes populaires, à bas la lutte des races !

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