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Pour les classes populaires l’espérance est-elle possible ?

Le projet des Cahiers de formation politique pour l’Union de lutte des classes populaires, remonte à plus de trente ans. Ses premières ébauches ont vu le jour sous forme d’un bulletin qui n’était lu que par quelques individus, mais qui leur permit de maintenir le flambeau de perspectives de progrès historique pour toute la société. Aujourd’hui, alors que ces perspectives semblent s’être évanouies, qu’un état de désorientation politique s’est imposé et généralisé, une diffusion publique plus large des données d’orientation qui se sont trouvées maintenues et développées au cours de ces années, nous semble répondre à un besoin et à une nécessité. Afin de reconquérir les conditions de l’espérance historique.

La destruction des perspectives

Depuis trente ans, la situation des classes populaires s’est fondamentalement transformée, dans notre pays comme dans l’ensemble du monde. Ceci non dans le sens du progrès, mais en allant de mal en pis. Il n’en était pas de même au cours des années 1960-70. Pour la majorité des travailleurs, comme pour les premiers rédacteurs de ce qui devait devenir Germinal, l’espérance en un monde meilleur était encore vive. Les possibilités d’émancipation, d’amélioration des conditions de vie et de travail, pour soi-même, pour ses enfants ou pour l’ensemble des travailleurs, paraissaient encore ouvertes. On pouvait espérer que le monde en viendrait un jour prochain à « changer de base ». Dans ce passé encore proche, il était difficile de percevoir qu’un long processus de régression économique, sociale et politique s’annonçait, que la réaction dans les idées devait bientôt déferler. Pour les générations nouvelles parvenues à la conscience politique dans les décennies suivantes, il est difficile aujourd’hui de se représenter l’état d’esprit d’alors. Cela est vrai aussi pour les générations plus anciennes qui ont du mal à se remémorer leurs espoirs et leurs visées d’alors. Très vite d’ailleurs, au sein des organisations qui faisaient mine de défendre les intérêts des travailleurs, beaucoup commencèrent à s’esbaudir sur les dérives anti- républicaines et anti-communistes qui ont accompagné Mai 1968. Ces dérives pourtant signalaient déjà un processus bien engagé de désorganisation des classes populaires. Parmi ceux qui prétendaient diriger le mouvement ouvrier, il en était aussi qui, pour sauver leur mise, s’empressèrent de capituler afin de mieux s’adapter au monde tel qu’il allait !

Des décennies de régression, la revanche des forces du passé

Si l’on essaie de retracer comment se présentait la situation il y a trente ou quarante ans, on peut dire que ce qui dominait encore sur la scène sociale, était la volonté de lutte pour un monde meilleur. On ne se trouvait pas contraint au seul combat défensif pour freiner la régression. Et nul courant de pensée n’osait faire prévaloir les combats fratricides au sein des classes populaires. La communion des intérêts entre classes opposées, sur la base de la « religion », des « cultures » ou d’imaginaires identités, était considérée pour ce qu’elle est : une flatterie réactionnaire contre l’unité politique du peuple. Comme il était alors possible de se projeter dans l’avenir, on ne pouvait pas nous contraindre à nous enfermer dans le passé, dans d’hypothétiques «origines» ou liens communautaires. Des digues s’opposaient alors à la division, la dissolution des forces populaires, les exploiteurs et les oppresseurs ne parvenaient pas à mobiliser au service de classes et de courants de pensée historiquement réactionnaires. Peut-on se satisfaire d’un tel démantèlement de l’organisation de lutte des classes populaires, ou de l’enrôlement de certaines de ses fractions dans des combats d’arrière-garde ? Non. Pour reconquérir la capacité de lutte du peuple, on doit cesser d’être aveuglés par tous les faux prophètes, et développer une claire conscience des déterminations qui ont conduit à cet état de désorganisation désastreux. Qu’est-ce qui a changé au plan historique d’ensemble au cours de ces quatre ou cinq décennies ? Qu’est-ce qui a changé au niveau de la faculté d’entraînement du mouvement populaire ? Pourquoi les classes populaires en sont-elles réduites à cette perte d’initiative, de recul historique, de dissolution, de division ? Telles sont les questions qu’il est nécessaire de poser pour ouvrir la voie à une reconstitution de la force commune et des perspectives d’avenir.

Développer une vision claire des conditions de la lutte

La reprise de l’initiative ne peut en effet s’effectuer dans l’ignorance et la confusion. L’initiative ne peut être ressaisie sans que l’on travaille à connaître les conditions et facteurs qui ont gouverné et gouvernent les processus historiques d’ensemble, sans que l’on tire des enseignements de l’expérience des luttes sociales et politiques, qui ont permis aux peuples modernes de resurgir de l’abîme et de modeler l’histoire. L’initiative ne peut être ressaisie dans la confusion des orientations qui épuise les forces, et conduit un jour ou l’autre dans le mur ou à l’abîme. Il ne suffit pas en effet de crier tous les matins « à bas la mondialisation » pour reconquérir l’initiative historique, si l’on ne sait rien des conditions de la lutte, ce que l’on doit combattre et ce que l’on vise. L’initiative historique ne peut être reconquise que si l’on contribue à l’analyse des situations concrètes dans une perspective historique, que si l’on discerne les tendances, la disposition des forces de classes comme celles des puissances du monde en rivalité. C’est sur cette base que l’on pourra apprendre à s’orienter et s’unir, à refuser toutes les orientations en trompe l’œil.

Ne pas ignorer les conséquences des batailles perdues

Même si la potion se révèle amère, il faut admettre qu’au cours du dernier demi-siècle, les conditions de la lutte des classes se sont fondamentalement modifiées, au plan mondial, comme au plan national. Par là, il ne s’agit pas de dire qu’il n’existe plus de « lutte de classes ». Non, ce qui a changé, ce sont les caractères généraux de cette lutte. Les classes porteuses du passé, même s’il ne s’agit pour elles que d’une victoire relative, ont pour l’instant repris l’initiative, tandis que le camp des travailleurs connaissait d’importants revers, aboutissant à une défaite d’ordre historique, qu’on ne saurait cependant considérer comme définitive. Cette défaite s’est d’abord traduite par la décomposition du camp socialiste, en proie à des offensives internes et externes, puis par sa dissolution avec la fin de l’Union Soviétique. Il s’agit là d’une grande bataille perdue. Toutefois, si l’on se place au niveau du temps historique, il ne s’agit pas de l’anéantissement du camp des travailleurs. Dans sa lutte séculaire contre les forces féodales, la classe bourgeoise n’a-t-elle pas connu de semblables défaites, elle en connaît encore, elle a néanmoins fini par mettre à genoux les forces rétrogrades (avec l’aide du peuple faut-il le rappeler). Quoi que l’on puisse penser des manquements ou des mérites de l’édification soviétique, on doit considérer que cette défaite a eu des répercussions dans l’ensemble de la situation du monde, comme sur les conditions de lutte des classes populaires. Dans les pays capitalistes notamment, on doit mentionner la dissolution de leur unité de classe, leur difficulté à s’opposer aux remises en cause de leurs acquis historiques, mais aussi le redéploiement des combats entre puissances capitalistes en concurrence, combats porteurs de destruction. Sans parler de la mise à l’avant-scène des conflits meurtriers à prétextes « raciaux » ou « religieux », du changement du sens des mobilisations dans les pays de la périphérie, de la perte de leur caractère émancipateur, de leur subordination aux instrumentations des puissances impérialistes rivales, comme aux visées de leurs classes dominantes (au sein de structures tribales ou féodales recyclées dans la finance mondiale). Avec partout, un abaissement général de la conscience politique. De telle sorte qu’en de nombreux points du monde, en même temps que se dissipaient les perspectives d’émancipation socialiste, en dépit de quelques sursauts, on en est revenu bien en deçà des acquis des révolutions démocratiques bourgeoises, retournant partout à des modes de mobilisations et des guerres de type barbare.

S’élever à la compréhension de l’ensemble du mouvement historique

Au cours de ces années, les rédacteurs du bulletin qui allait devenir Germinal, ont éprouvé comme beaucoup d’autres, des difficultés à saisir le sens des nouvelles conditions de lutte qui s’imposaient aux classes populaires. Au cœur de ce désarroi, leur mérite a été de ne pas céder au sauve-qui-peut ambiant, ne pas se soumettre à l’immédiat, de ne pas chercher à s’adapter, par opportunisme, à ces conditions de régression généralisée, de ne pas abaisser leur conscience mais de tenter au contraire de l’élever. Un autre mérite a consisté à ne pas se lancer dans une agitation désordonnée, ne pas faire alliance avec des forces et courants d’idées réactionnaires, obscurantistes, désorganisateurs, comme le firent nombre de faux révolutionnaires. Ce qui leur a paru vital au cours de cette période de recul, fut de maintenir et rétablir des visées émancipatrices, en travaillant à s’élever à «la compréhension de l’ensemble du mouvement historique», comme le recommandait Marx, sans pour autant nier la réalité du moment. Pour ce faire, ils ont pris appui sur la théorie, l’ont développée en s’efforçant d’analyser les conditions nouvelles, de tirer des enseignements de la défaite subie. Le fait que nous estimions indispensable, en fonction de ce travail, de souligner les difficultés et les dangers de la situation est le contraire d’une vision fataliste. On ne peut maîtriser que ce que l’on connaît. Face à la régression, on doit chercher quelles sont les conditions de reprise de l’offensive populaire. En la matière, une seule chose nous paraît assurée, de telles conditions se développent et se développeront nécessairement, car elles ressortent de facteurs objectifs, relevant du processus historique d’ensemble. Si l’on analyse les fondements sur lesquels reposent toutes les sociétés d’exploitation, les classes exploiteuses ne peuvent jamais tabler à long terme sur une victoire définitive, étant en proie à des contradictions insolubles, qu’elles ne parviennent à surmonter que temporairement. Et au prix de destructions d’une ampleur toujours plus grande, tant de la richesse sociale que des hommes eux-mêmes.

Préparer les forces populaires à reconquérir l’initiative historique

Face aux périls qui menacent l’ensemble de la société, le peuple politiquement réorganisé est seul capable de renverser l’ordre des choses. La responsabilité de ceux qui prétendent lui fournir des orientations se situe à ce niveau. Même si on ne peut fixer d’échéance, les classes populaires doivent se préparer et être préparées à remplir leur rôle, à condition de ne pas oublier que les conditions objectives de reprise d’une offensive populaire se présentent avec leur corollaire : la réaction exacerbée des classes qui ne peuvent admettre la fin de leurs régimes d’oppression, réaction qui affecte aussi l’organisation des classes populaires. Nous sommes en quelque sorte à une croisée des chemins. La tendance à la désorganisation, à la division de l’unité du peuple, à l’abaissement de la conscience, domine encore, au service de forces de régression. Elle peut déboucher et débouche déjà dans certaines régions du monde, sur des mouvements qui présentent des traits comparables aux processus de fascisation. Une autre tendance s’y oppose ou peut s’y opposer, du côté des classes populaires. De ce côté en effet, s’exprime et se développe déjà un besoin de réorganisation, une demande de repères politiques, de perspectives d’avenir, une soif d’apprendre et de comprendre, de reconquérir l’initiative. C’est en s’appuyant sur cette potentialité, sur ce qui peut se développer, que la réaction peut être combattue, et non en soutenant ce qui semble dominer : l’abaissement de la conscience, l’ignorance, la désorganisation, la lutte de tous contre tous dans les replis communautaires. Germinal se propose de contribuer à éclairer la conscience en fonction de cet objectif, et appelle les lecteurs à enrichir et faire fructifier cette potentialité.

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Comment se préparer ?

Après la défaite subie par les ouvriers et artisans parisiens, lors de l’écrasement de la Commune en 1871, la réorganisation du mouvement populaire ne s’opéra pas du jour au lendemain. Le découragement, la confusion des idées, la concurrence entre courants, paraissaient rendre impossible toute reprise de l’initiative. C’est au sein de petits «cercles d’études sociales» que les premières ébauches d’une réorganisation d’ensemble se constituèrent. On y étudiait des questions politiques, s’efforçant de comprendre la situation générale et de populariser les luttes menées par les différentes classes de la société. C’est sur la base de ce travail que put se reconstituer une organisation solide, le Parti Ouvrier Français sous la direction de Jules Guesde. En unifiant les différentes luttes autour de perspectives communes, la formation de cette organisation eut un grand retentissement historique, au-delà même du cadre français. Dans une situation nouvelle, et pour reconstruire l’organisation des classes populaires, on doit développer un travail du même type. Des cercles de formation politique autour de Germinal existent déjà, d’autres seront constitués. Contactez la Société populaire d’éducation pour y participer.

Qu’y aura-t-il dans Germinal ?

Pour contribuer à une formation politique générale, les rubriques suivantes seront proposées : — Articles d’analyse de la situation en France et dans le monde : données sur l’économie, la politique, les idées, les conditions de la lutte des classes, les rivalités entre puissances. — Pages d’histoire : ces pages proposeront des données permettant de se faire une opinion sur divers événements historiques, par exemple sur la révolution de 1848, la révolution soviétique, le Front Populaire, mais aussi sur les contre-révolutions, le fascisme, les enjeux des guerres mondiales, le conflit israélo-arabe, la guerre d’Espagne, etc. — Notions politiques : études sur des notions telles que la république, la nation, la souveraineté, l’internationalisme, les classes sociales, le capitalisme, l’impérialisme, le fascisme, les crises, le chômage, le socialisme… — Études de textes de Marx, Rousseau, Jules Guesde, Blanqui, Robespierre, Bodin, etc., et des Biographies politiques de ces divers auteurs. — Petits Atlas politiques pour comprendre l’histoire et les conditions sociales de tel ou tel pays du monde, par exemple la Chine, les états-Unis, l’Iran, Israël, l’Allemagne, le Venezuela, etc. — Enquêtes et Témoignages sur les mouvements des diverses classes sociales (France et autres pays). — Forums de discussion pour comprendre les enjeux de tel ou tel débat : par exemple sur la place de la religion dans la société; le débat citoyenneté nationalité; lutte de classes ou guerre des “races”; la révolution est-elle à l’ordre du jour ? Bien entendu, il n’y aura pas dans chaque numéro toutes les rubriques. La participation des lecteurs aux cercles de formation politique permettra d’enrichir le contenu de Germinal. Transmettez-nous aussi vos demandes d’articles sur un sujet qui vous préoccupe.

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