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1846-1848 : pendant la crise la spéculation continue ! ou « la triomphante anarchie bourgeoise »

Tandis que la crise économique des années 1846-47 frappait la production, la spéculation – alors sur les projets de construction de ligne de chemins de fer – battait son plein, l’anarchie du régime capitaliste donnait toute sa mesure.

Un critique écrivit plus tard : une « fièvre spéculative, un grand vertige saisit le public […] Par bonds les actions s’appréciaient, montaient toujours, arrivaient à des cours sensationnels. L’Orléans* de 500 francs grimpait vers 800, 900, dépassait mille, arrivait à près de treize cents francs. Le Rouen* s’élevait à 1 180, le Saint-Germain* atteignait 1 177. On s’arrachait les titres […] Députés et industriels intriguaient à qui entrerait dans un conseil d’administration, à qui obtiendrait une commande […] Pas une puissance d’argent qui ne se mît sur les rangs, pas un banquier qui ne s’offrît à financer une exploitation […] Financiers, généraux, grands seigneurs, industriels, commerçants […] Il en venait de l’étranger […] Cela ressemblait à une ruée. […] Les acheteurs étaient plus nombreux que les titres […] Le délire toucha à son apogée quand, en 1848, la grande ligne du Nord* […] fut adjugée […] Alors on vit […] un pays en proie à la convulsion du jeu, la France entière transformée en une arène d’agioteurs. Des coins les plus reculés du royaume, on se mettait en marche pour venir spéculer à Paris, acheter des titres et les vendre avec bénéfice. » « Sur cette triomphante anarchie bourgeoise, où toute conception d’une ligne politique générale disparaît, où tout devient instrument d’agiotage pour les banquiers, moyen de trafic électoral pour les éligibles, les nuages commençaient à s’accumuler.» Avec la crise générale «à la Bourse toutes les valeurs dégringolaient, et les actions de chemin de fer plus que les autres. Le Nord* cotait 282 francs contre plus de 562 quelques mois auparavant. Le Saint-Germain*, de 800, s’était écroulé à 340 francs. » (Marcel Cheminade, La monarchie et les puissances d’argent (1814-1848.)

Le grand Balzac qui, bien qu’observateur critique des mœurs de l’aristocratie financière, ne se privait pas de boursicoter fébrilement, écrivait, à Madame Hanska, à propos de ses spéculations ruinées sur les chemins de fer : « Je suis le grand joueur sans cartes, Napoléon sans troupes. Je combine sans fonds. » « Ainsi voilà les chemins de fer volés, pris, on va nous rembourser une feuille de choux. » « Si l’on nous rembourse les chemins de fer, j’aurais 3 000 francs de rente ; mais il faudrait payer 35 000 francs à Rostchild et au prêteur Gossart. »

Marc Caussidière, témoin révolutionnaire de cette fièvre et de cet effondrement, notait dans ses Mémoires que “les maîtres de la finance”, l’aristocratie financière, prospéraient dans la ruine : « À la suite des jeux effrénés sur les actions de chemin de fer, qui avaient renouvelé les folies de la rue Quincampoix au temps de Law, si quelques maîtres de la finance avaient entassé des millions, presque toute la banque, les agents de change et tous les aveugles qui s’étaient imprudemment égarés dans cette forêt de Bondy, se trouvèrent finalement culbutés les uns sur les autres. »

*Noms des lignes et des compagnies de chemin de fer.

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