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Pourquoi aujourd’hui s’engager politiquement ? (témoignage)

Il m’est arrivé de rencontrer des militants d’une autre génération. Ils parlaient d’une époque où l’on était fier de défendre les positions de la classe ouvrière, où des perspectives d’avenir s’ouvraient : sur un monde d’où serait bannie l’exploitation de l’homme par l’homme. En discutant avec eux, il me semblait que si à cette époque, la vie était encore dure pour les travailleurs, du moins avaient-ils une conscience claire du sens de leur lutte, des buts historiques qu’ils poursuivaient. Aujourd’hui, comme certains ouvriers le disent : « l’avenir est tout noir », « il n’y a même plus d’avenir », « c’est comme si on était tombés dans un trou sans fond ». Certains pensent aussi : « on ne sait plus où on va », « on ne comprend plus la situation », « ni pourquoi il est bon de se mobiliser », « on n’a plus de relais politique pour orienter les luttes ». Je suis née dans ce monde-là, celui où l’espérance paraît avoir disparu pour la majorité, pour le peuple. Un monde où il est devenu très difficile de comprendre les enjeux nationaux et internationaux. Un monde, où le peuple, désorganisé, désuni, ne parvient pas à « voir » où est le bien commun, que pourtant il cherche. Parce que chacun se trouve isolé, contraint de lutter pour lui-même, pour sa survie immédiate. Cette difficulté à agir sur la société dans laquelle nous vivons, tient en partie à ce que nous ne parvenons pas à comprendre à quelles « lois » elle obéit, pourquoi cela a changé par rapport au monde d’il y a trente ou cinquante ans. Cela provoque chez la plupart d’entre nous un sentiment d’impuissance. Pourquoi s’impliquer dans la vie politique, si on ne sait pas ce qu’il faut faire, comment agir, si ça ne sert à rien. Ce témoignage a pour but de montrer comment, à partir de mes incompréhensions, j’en suis venue à m’engager politiquement. Pour cela, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes diffusant le bulletin Germinal et qui, dans la tourmente historique, avaient réussi à ne pas perdre toute confiance en l’avenir, et qui avaient coûte que coûte travaillé à maintenir des repères politiques solides. Comme première motivation, j’avais cette idée de mieux comprendre les ressorts qui déterminent le mouvement profond de la société. Car, comment transformer le monde si on n’a aucune idée de comment il «fonctionne», comment il évolue ? Cela m’a poussée à dépasser les obstacles, développer petit à petit ma conscience. Bien sûr je sais que cela ne suffit pas à transformer la situation, mais cela permet de voir quel but on peut poursuivre sur le long terme, sans se tromper de cause, être entraînés dans des combats où le peuple se divise et se détruit.

Essayer de comprendre ce qui nous domine et comment changer les choses

Au départ je voulais comprendre pourquoi, alors que l’on nous parle de progrès social, les conditions de vie et de travail ne s’améliorent pas. Pourquoi le fossé entre les riches et les pauvres ne cesse de se creuser, que le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté grandit, que les conditions de travail se dégradent, les contrats de travail précaire se multiplient, le coût de la vie est de plus en plus cher, les acquis sociaux sont remis en cause les uns après les autres, etc. ? Qu’est-ce qui a changé pour que les travailleurs, même sans imaginer la révolution, ne puissent plus faire entendre leur voix ? Bien que je ne sois pas électrice depuis longtemps, j’ai vécu sous des gouvernements de droite, sous des gouvernements de gauche, mais cela n’a rien changé, ou presque, à cet état des choses. Le processus de régression finit toujours par tracer de nouvelles foulées. Je peux maintenant voter, et cela permet au moins de dire qu’on n’est pas contents. Mais chacun se rend compte qu’aucun courant politique aujourd’hui ne paraît vraiment défendre les intérêts d’ensemble du peuple, et que rien ne s’améliore bien au contraire. Comme beaucoup d’autres, je veux ou j’espère changer cette situation. Mais comment faire ? Chacun dans son coin, il est difficile de distinguer avec certitude l’orientation juste à suivre, de connaître les meilleures solutions à mettre en œuvre par et pour le peuple ! Que faire alors ? S’agiter sans savoir où l’on va ? Attendre des jours meilleurs ? De par l’expérience de ces dernières années, il paraît évident que la pagaille incohérente ne sera pas le remède aux maux de notre société. La patience ou le laisser faire ne permettront pas non plus de trouver la solution.

Sur quelles bases se réorganiser et retrouver la confiance en l’avenir

Comme je ne me satisfaisais pas de cette situation, j’ai commencé à essayer de connaître les « lois » qui font que l’intérêt général, celui du peuple, ne parvient pas à s’imposer. La théorie de Marx, m’a aidée à mieux comprendre, la logique du capitalisme, qui entrave le progrès de la société et s’oppose à la réalisation des besoins du peuple. J’ai aussi lu Rousseau qui nous montre comment la prédominance des intérêts particuliers (d’individus ou de groupes), luttant les uns contre les autres, empêche que l’intérêt commun puisse s’imposer. Ces études m’ont aidée à saisir quelle est la cause des maux qui affectent le monde, ceci encore de façon très générale, pour toute une époque. Mais cela ne suffit pas. Il fallait aussi comprendre pourquoi, à certains moments, cela va mieux, à d’autres moments, comme aujourd’hui, cela va de plus en plus mal. Pourquoi la société a pu progresser au cours de certaines périodes, pourquoi, à d’autres, elle s’enfonce dans la réaction. Et que faire dans ce cas ? Pour cela, je sais qu’il faut aussi connaître l’histoire, réfléchir sur les changements des contextes historiques, dans un pays et dans le monde, connaître les conditions concrètes de la situation historique au sein de laquelle nous voudrions pouvoir agir. Je n’en suis qu’au début. Mais je sais, que sans ce travail d’étude et d’analyse, on prend le risque de faire fausse route dans nos revendications et nos mobilisations, d’aller à l’encontre de ce que l’on recherche. Ce travail d’étude et d’analyse, pour réorganiser la lutte, ne se fait pas tout seul, chacun pour soi. En s’y attelant avec d’autres (ce qui n’empêche pas de militer aussi au jour le jour), on retrouve une orientation, on peut progressivement unir des forces, reconquérir la confiance en l’avenir, pour les classes populaires. Et même si on est encore contraint de «reculer», face à l’offensive de toutes les classes réactionnaires (y compris les vieilles classes féodales qui redressent partout la tête dans le monde), du moins peut-on le faire en bon ordre, comme à la bataille. Ainsi on prépare, regroupe les forces, afin de pouvoir ressaisir l’initiative historique, dans un futur plus ou moins proche. Il m’est arrivé de rencontrer des militants d’une autre génération. Ils parlaient d’une époque où l’on était fier de défendre les positions de la classe ouvrière, où des perspectives d’avenir s’ouvraient : sur un monde d’où serait bannie l’exploitation de l’homme par l’homme. En discutant avec eux, il me semblait que si à cette époque, la vie était encore dure pour les travailleurs, du moins avaient-ils une conscience claire du sens de leur lutte, des buts historiques qu’ils poursuivaient. Aujourd’hui, comme certains ouvriers le disent : « l’avenir est tout noir », « il n’y a même plus d’avenir », « c’est comme si on était tombés dans un trou sans fond ». Certains pensent aussi : « on ne sait plus où on va », « on ne comprend plus la situation », « ni pourquoi il est bon de se mobiliser », « on n’a plus de relais politique pour orienter les luttes ». Je suis née dans ce monde-là, celui où l’espérance paraît avoir disparu pour la majorité, pour le peuple. Un monde où il est devenu très difficile de comprendre les enjeux nationaux et internationaux. Un monde, où le peuple, désorganisé, désuni, ne parvient pas à « voir » où est le bien commun, que pourtant il cherche. Parce que chacun se trouve isolé, contraint de lutter pour lui-même, pour sa survie immédiate. Cette difficulté à agir sur la société dans laquelle nous vivons, tient en partie à ce que nous ne parvenons pas à comprendre à quelles « lois » elle obéit, pourquoi cela a changé par rapport au monde d’il y a trente ou cinquante ans. Cela provoque chez la plupart d’entre nous un sentiment d’impuissance. Pourquoi s’impliquer dans la vie politique, si on ne sait pas ce qu’il faut faire, comment agir, si ça ne sert à rien. Ce témoignage a pour but de montrer comment, à partir de mes incompréhensions, j’en suis venue à m’engager politiquement. Pour cela, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes diffusant le bulletin Germinal et qui, dans la tourmente historique, avaient réussi à ne pas perdre toute confiance en l’avenir, et qui avaient coûte que coûte travaillé à maintenir des repères politiques solides. Comme première motivation, j’avais cette idée de mieux comprendre les ressorts qui déterminent le mouvement profond de la société. Car, comment transformer le monde si on n’a aucune idée de comment il «fonctionne», comment il évolue ? Cela m’a poussée à dépasser les obstacles, développer petit à petit ma conscience. Bien sûr je sais que cela ne suffit pas à transformer la situation, mais cela permet de voir quel but on peut poursuivre sur le long terme, sans se tromper de cause, être entraînés dans des combats où le peuple se divise et se détruit.

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