Continuer à traire la vache Lolotte qui n’a plus de pis Benoît Hamon, Pour la génération qui vient, Equateurs, 2017
L’ouvrage de Benoît Hamon est paru tardivement en mars 2017, bien après sa désignation à la primaire de la « belle alliance populaire ». Le livre comprend quelques 120 petites pages en gros caractères, ce qui représente à peu près 45 pages pour une brochure normale. Le contenu n’est pas lui-même très consistant. Si on s’efforce d’en disséquer le contenu, selon le plan de questionnement appliqué à tous les candidats, un premier constat s’impose : à peu près rien sur les contradictions mondiales, ni dans l’immédiat, ni en perspective historique, pas davantage sur les contradictions sociales, de classe. Et même sur ce que peut représenter pour lui le socialisme, pas grand chose à se mettre sous la dent. Bien que l’ouvrage entier ait été consulté, on se bornera ici à présenter l’introduction, qui donne un aperçu de la tonalité de l’ensemble. On indiquera à la suite quelques-unes des propositions du candidat.
« Quelque chose a changé », mais on ne sait pas encore très bien où on va aller
On apprend dès le début de l’ouvrage que « quelque chose a changé ». La « génération qui a fait irruption au cours de la campagne », « la seule clairvoyante » [« la jeunesse »] est consciente que « notre pays » « se trouve à la croisée des chemins ». Il y a le vieux chemin, et le nouveau dont on ne sait pas vraiment s’il est tracé et vers quoi il se dirige. « Le vieux monde s’apprête à disparaître, le nouveau se cherche encore ».
Quoiqu’il en soit, « la jeunesse », dont Benoît Hamon se fait le porte-parole, aurait « décidé » d’imaginer un avenir « autre », fait de « progrès et de justice sociale ». Ces « citoyens neufs », plein de force et d’audace, veulent « en plein jour, éveillés […] accomplir leur rêve ».
Sur le vieux chemin arpenté par Benoît Hamon, dans le vieux monde, il n’a connu avec sa génération, que des décennies de crise, d’essoufflement de la croissance, de chômage, et bien sûr de « dérèglement climatique ». Depuis des lustres, tous les candidats à l’élection présidentielle ont cherché à conjurer « la crise », sans y parvenir. Ce qui leur a fait défaut, c’est peut-être de ne pas s’être interrogé sur le double sens du mot crise : « maladie grave » et « moment charnière ». On n’a pas tiré les leçons qui relèvent de ce second sens, qui sont celles-ci : « c’est le moment ou jamais d’agir ». Encore, l’auteur le reconnaît, s’agit-il de savoir « dans quelle direction ».
Si la crise s’éternise, et ici l’analyse de Benoît Hamon atteint des sommets de clairvoyance, « ne faut-il pas lui trouver un nouveau nom ? ». Et, allant avec le nouveau nom, « de nouveaux remèdes ». Le propos ici se fait plus précis : puisque les remèdes habituels (politique d’austérité, flexibilité du travail, accroissement de la concurrence), ne fonctionnent plus, conduisent à la régression, « les forces progressives » peuvent sauver le pays du pire, avec un remède radical, « [s’engager] dès aujourd’hui dans une transition sans précédent ».
Une « transition sans précédent » afin de « réenchanter la réalité »
La jeunesse relèvera le défi. Elle laissera à l’ancien monde « les vieilles rengaines, les vieilles recettes, la vieille politique », tout ce qui a le regard tourné vers le passé : enfermement dans un pays imaginaire, nation assiégée, France en déclin. En termes plus précis, il faudra en priorité rejeter les forces nationalistes, ceux qui veulent mettre au pas les fonctionnaires, les magistrats, les médias, ceux qui défendent l’arbitraire, ceux qui « accablent l’Islam au nom de la laïcité tout en frayant avec les intégristes catholiques ».
Benoît Hamon comprend certes que, face au quotidien difficile, des sentiments de détresse, d’amertume, de rage et de révolte, puissent naître de cet ancien monde, que plus spécialement le Front National en tire profit. Il imagine toutefois que si, bannissant le passé, nous avons « le regard tourné vers l’avenir », ces « pulsions » pourront être neutralisées. A cet effet, « les forces de gauche doivent porter un imaginaire puissant, capable de dessiner les contours d’une autre société », faisant appel, non « à la part nocturne, présente en chacun de nous », mais à « notre intelligence ». Il n’y a pas cependant d’homme providentiel, dit notre candidat non providentiel, qui ne saurait prétendre détenir « la vérité absolue ». En toute modestie, il tient à proclamer : « Je rejette le costume de sauveur qu’on m’enjoint d’endosser » !
Quel est le contenu de cet « espoir collectif » que le candidat se propose cependant d’énoncer ?
Il s’agit tout uniment de « réenchanter la réalité ». Ce qui peut en tout premier lieu s’exposer par « l’urgence du progrès social et écologique », le déploiement de « nos valeurs fraternelles et humanistes ». Ainsi nous pourrons entrer dans une « nouvelle ère », où des « termes » [à défaut des réalités] « comme diesel, carbone, perturbateurs endocriniens n’ont plus de cours », où l’on pourra modifier « notre vision du travail » [sinon sa réalité], où l’on éradiquera la grande précarité tout en libérant notre créativité. Enfin, on assistera à l’avènement d’une nouvelle république qui rendra « le pouvoir aux citoyens ». Un paradis sur terre.
Redistribuer les richesses que l’on a cessé de produire
En termes prosaïques, bien que le candidat ait intégré dans son programme certaines propositions pour un « redressement productif » de la France, telles que le préconisait Arnaud Montebourg, Benoît Hamon semble imaginer que l’on puisse répartir ce qui n’a pas été produit, par le recours de la « taxation” d’un secteur productif déjà défaillant (en schant que les banques elles-mêmes ne peuvent prospérer sans aucune base productive).
L’orientation générale : ne pas se préoccuper de diminuer la dette (plutôt compter sur une improbable « solidarité européenne »), travailler moins, dépenser plus. On n’en donnera ici que quelques exemples, parmi les plus généreux : mettre en place une loi pour la réduction du temps de travail, un revenu universel d’existence (dont la définition varie), recruter de 40 000 enseignants et créer 7500 emplois dans les universités et laboratoires, créer 500 000 emplois dans l’économie sociale et solidaire. Pour financer l’ensemble, il suffira de taxer les superprofits des banques, d’instituer une « contribution sociale sur les robots ». (Notons qu’il existe d’autres mesures dont on ne peut condamner le principe, mais dont il s’agira de trouver le financement).
Les propositions relatives à la « transition écologique » ne présentent pas d’originalité particulière : la sortie du nucléaire sous vingt-cinq ans, porter la part des énergies renouvelables à 50 % d’ici 2025, mêmes délais pour l’arrêt du diesel pour les voitures neuves, enfin interdiction des perturbateurs endocriniens. Dans le cadre d’une conception “écologique” un peu élargie, on note aussi la légalisation du cannabis et la garantie d’un droit à mourir dans la dignité (euthanasie).
Pour que « le vieux monde » puisse plus vite disparaître au profit de la “jeunesse”, et pour que le nouveau monde qui « se cherche » puisse advenir, et rende le pouvoir aux citoyens, Benoît Hamon propose en outre des transformations institutionnelles : Conférence pour une Sixième république avec introduction d’une dose de proportionnelle, septennat non renouvelable ; référendum sur la reconnaissance du vote blanc et l’extension du droit de vote aux étrangers pour les élections locales, mise en place d’un 49.3 “citoyen”.