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Dans ce monde « qui nous inquiète », nous (la France) devons “optimiser” Emmanuel Macron, Révolution, XO, 2016

Dans son livre, Révolution, Emmanuel Macron fait usage de procédés rhétoriques, parfois plus affinés que ceux de ses concurrents. Il s’efforce de capter la bienveillance des lecteurs par un jeu d’identification, entre lui-même [1] (je), nous, la France. Ce jeu s’énonce par les intitulés des différents chapitres : « Ce que je suis », « Ce que je crois », « Ce que nous sommes », « Ce que nous voulons », « La France que nous voulons », « Vouloir la France ». On trouve aussi les formulations d’appropriation : « mon pays », « notre pays », « allégeance à mon pays », « dette à notre pays ». Conformément à la logique de la Présidentielle dans la Cinquième république, cela vaut pour établir une “rencontre” directe entre le candidat et la nation, le candidat et les Français.

Rompant parfois avec l’identification entre le je et le nous, le candidat Macron s’adressant aux Français, à leur intelligence, se dit à l’écoute de « leurs colères, leurs attentes », leurs inquiétudes face au bouleversement du monde, tout en tablant sur leur capacité à “positiver” dans cette « nouvelle ère », marquée par des phénomènes de crise et de rupture.

La position stratégique de la France dans le monde : ne pas bouleverser le statu quo des alliances stratégiques structurantes, refonder sur une base réaliste nos relations avec la Russie

L’essentiel des orientations proposées par le candidat Macron touche à la nécessité pour la France de saisir les opportunités économiques que la nouvelle marche du monde peut offrir. Dans un chapitre du livre, il porte cependant attention aux questions stratégiques et au maintien d’une ambition politique pour la France sur l’arène mondiale. Le contenu de ce chapitre, qui par certains aspects paraît proche  des positions d’Hubert Védrine, n’est pas présenté dans le programme du candidat. Il y est proposé de faire  œuvre de réalisme. Il ne s’agit pas pour la France de « se désintéresser du monde », plutôt d’y faire entendre ce qui est conforme à sa « vocation universelle », en tenant compte de « la réalité de nos moyens ».

Plutôt que d’intervenir militairement aux différents azimuts, la France, en tant que puissance internationale (Conseil de Sécurité notamment), doit conserver « sa position particulière et indépendante qui lui permet d’engager un dialogue constructif avec tous », ce qui suppose un « devoir d’exemplarité » : respect du cadre de l’ONU, ne pas s’engager dans un « interventionnisme irréfléchi » contraire au droit international. Le bilan de vingt ans d’interventions extérieures devrait à cet égard être conduit. Pour l’avenir Il est préconisé pour l’avenir de maintenir une diplomatie influente, un réseau actif sur le terrain, de toujours s’efforcer, avant toute intervention, de voir si une option politique existe pour résoudre les conflits.

Le principe de souveraineté, défini comme « libre exercice pour une population de ses choix collectifs sur son territoire » se trouve affirmé. Bien que le propos ne soit pas toujours limpide, il semble que ce qui menace cette souveraineté, ou indépendance, en matière stratégique ne tient pas au processus d’intégration au sein de l’Europe, du moins l’Europe dans ses contours actuels. Ce qui menace ou limite cette indépendance stratégique aux orientations et décisions prises par les puissances qui, toujours sur le plan stratégique, se partageraient aujourd’hui  l’hégémonie mondiale, [à savoir États-Unis et Russie]. Pour ce qui touche à la sécurité de la France, il convient ainsi de « mettre en œuvre notre sécurité collective de façon plus indépendante », plus spécialement, est-il indiqué, à l’égard « des choix stratégiques américains et russes ». En outre, la dissuasion nucléaire, ultime rempart pour l’indépendance stratégique, doit être maintenue « quel qu’en soit le coût ».

Toutefois, au contraire de la plupart des candidats, le statu quo des alliances stratégiques issues de la fin de la Seconde Guerre mondiale, n’est pas remis en cause. L’axe transatlantique doit demeurer « structurant », bien qu’il soit nécessaire de rééquilibrer notre relation avec les Etats-Unis, faire prévaloir des positions indépendantes.  Le Royaume Uni doit rester un partenaire stratégique, et ce qui est peut-être un peu différent, il faut un dialogue stratégique avec l’Allemagne. Sans remettre en cause l’axe transatlantique, il faut exclure d’en revenir à la guerre froide. Les relations avec la Russie doivent être refondées : envisager la levée des sanctions, trouver un terrain d’entente au Proche et Moyen Orient, stabiliser les relations avec Ukraine, ce qui ne signifie pas de renoncer à toute vigilance à l’égard de la Russie. Plus généralement il s’agit, sans sacrifier nos “valeurs”, de parler avec ceux avec qui nous sommes en désaccord.

La « politique arabe et méditerranéenne doit en outre être placée au cœur de notre diplomatie », ce qui suppose des relations continues et exigeantes avec les acteurs de cette région (plus spécialement avec l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Iran, etc.). La France doit jouer son rôle pour promouvoir un schéma de sécurité afin de  stabiliser cette région. [Des notations particulières concernent la Turquie, la Palestine, le Liban, il est aussi fait état de la nécessité de faire le bilan des conflits (ou révolutions) en Tunisie, Égypte, Libye, Syrie.] 

 

 

La marche du monde et la France dans le monde tel qu’il marche

La prise en compte de la situation mondiale et celle de la situation française sont étroitement liées. C’est sur la base de cette prise en compte, parfois succincte, qu’Emmanuel Macron définit ses orientations pour la France.

Il constate que le monde est en plein « bouleversement ». Il serait entré dans une « nouvelle ère »,  caractérisée au moyen de notions vagues : « la mondialisation », « le numérique », « le péril climatique », « les conflits géopolitiques », « le terrorisme », « l’effritement de l’Europe ». Ce bouleversement se manifeste par « des inégalités croissantes », une « crise démocratique des sociétés occidentales ». L’évolution économique est plus rapide, marquée de « ruptures technologiques ». Un tel « monde […] nous inquiète », il suscite « le doute » le désespoir, la peur ». « L’Idée de crise permanente s’est installée durablement dans les esprits. » [On ne sait pas s’il s’agit pour le candidat d’une simple idée fermentant dans les esprits, ou de la réalité  des choses]. 

Nous serions même [et l’auteur soutient lui-même le propos] « en train de vivre un stade final du capitalisme mondial ». Le capitalisme international « ne se régule plus lui-même », et, « par ses excès manifeste son incapacité à durer véritablement ». Je ne sais pas d’ailleurs, précise-il « si ce capitalisme n’est pas en train de vivre ses dernières étapes, en raison même de ses excès »

« Notre monde a donc, au fil des décennies, vu les logiques marchandes et financières prendre le dessus. » Ainsi la « civilisation dans laquelle nous entrons » « est faite de flux de marchandises, d’hommes, d’argent, partout en permanence à travers la planète. » C’est une « civilisation du risque » (risques environnementaux, géopolitiques, terrorisme, guerres religieuses). Elle est celle d’une « société dont les contours ne sont plus un seul pays, mais le monde. » Elle vient donc « bousculer une organisation qui reposait avant tout sur des États et nations qui réglaient l’essentiel de nos vies, aussi longtemps que la plus grande part des échanges se faisait à l’intérieur du pays » [ce qui ne date pas d’hier]. Les États sont devenus des « bureaucraties » qui « tentent de résister ou d’accompagner cette réalité économique sans en avoir la pleine maîtrise ».

Quoi que l’on puisse penser des périls portés par ce monde capitaliste, et ses excès, et la « civilisation dans laquelle nous entrons ». Nous ne pouvons guère faire autre chose que de prendre ce monde tel qu’il est. Emmanuel Macron n’imagine pas que puisse exister au plan historique d’autre issue.

 

S’adapter à la marche capitaliste du monde. En saisir les « nouvelles opportunités »

Que faire alors ? La réponse d’Emmanuel Macron est celle-ci : Nous devons prendre acte sur cet état de fait et tirer le mieux possible (je, nous, la France) notre épingle du jeu, saisir les « nouvelles opportunités économiques » que le bouleversement du monde peut nous offrir. « Peut-on remplacer le monde tel qu’il va ? Je ne le crois pas. » Quoi qu’on en ait, il faut « s’adapter à la marche du monde », puisqu’il n’est pas possible d’en sortir pour vivre mieux. La France devra se confronter à ce monde, par « volontarisme lucide ».

« Refuser les changements du monde en nous contentant de rafistoler le modèle créé pour avant-hier, ce n’est pas la France. » Cela fait trente ans que nos naviguons à vue dans la mondialisation et « nous n’avons pas pu trouver la place qui devrait être la notre » : une économie de l’excellence, de l’entrepreneuriat, de l’innovation. On ne peut « soustraire la France au cours du monde », il n’y a « pas de solutions qui ne fonctionneraient qu’en France », c’est « une chimère » d’imaginer pouvoir résoudre les problèmes en fermant les frontières.

« Nous devons aujourd’hui faire entrer la France dans le XXIe siècle ». Cela exige de savoir réconcilier « ce que nous sommes profondément », par un « effort collectif pour nous rendre libres ». « Les Français [selon Macron] sont prêts à réinventer le pays. » La « bataille doit être menée au niveau européen et mondial », essentiellement sur le terrain économique. Il estime que tout n’est pas condamnable dans la mondialisation, dans la mesure où elle crée une interdépendance entre les nations, les entreprises, les centres de recherche. Tout n’est pas condamnable non plus dans la finance, s’il s’agit d’une finance ayant une finalité productive.

Moyennant la reconquête  de « la place qui devrait être la notre », Emmanuel Macron, sans se faire trop d’illusions il est vrai, voudrait tout de même un « monde moins inacceptable et moins injuste ». Il faudrait pour cela parvenir à anticiper, prévenir, modifier les règles internationales les plus néfastes, voire « humaniser le capitalisme contemporain ». Il précise cependant : « Je ne sais pas si nous y parviendrons ».

 

Que peut-on vraiment faire avec l’Europe, « rêve d’empire et d’union par la guerre » ?

Selon Emmanuel Macron, se référant à Mendès France comme à de Gaulle, l’avenir de la France se joue sur le continent européen. Pour « maîtriser notre destin », la France a « besoin d’Europe », celle-ci n’est pas responsable de tous nos maux. Ce « besoin d’Europe » se fait plus spécialement sentir au plan économique, si nous voulons avoir la chance de peser face aux USA et à la Chine, notamment dans les grandes négociations commerciales.

L’Europe toutefois « paraît déjà épuisée ». Son édification a pu faire croire à la disparition des conflits, mais il ne faut pas oublier, dit Macron, que les conflits constituent « l’histoire réelle de ce continent ». Le « rêve européen » dans l’histoire est un « rêve d’empire et d’union par la guerre », dans le passé et peut-être dans le futur. « Ne perdons jamais de vue que la guerre est notre passé sur le continent et qu’elle pourrait être notre avenir si nous ne construisons pas une Europe libre ». L’Europe a pris la forme d’une « construction non hégémonique », pour autant les promesses de paix sont aujourd’hui fragilisées. « Le fil de l’histoire n’est pas rompu. La guerre et les conflits ne sont pas derrière nous ».

A près la promesse de paix nourrie par l’Europe, la promesse de prospérité est trahie. Face à la crise au chômage, quelle adhésion peut susciter l’Europe auprès des jeunes générations. Sur le terrain économique, l’euro pose problème en raison des différences grandissantes entre les économies, avec la crise de la dette, l’absence de politique coordonnée.

On constate un épuisement des idées et des méthodes : prolifération de règles, confusion des procédures, objectifs contradictoires. Depuis 2005, l’Europe est devenue trop libérale. Le Brexit est un symptôme de  cet épuisement, et non pas un acte égoïste, il exprime un besoin de protection, le rejet d’un modèle de société marqué par les destructions industrielles, économiques, sociales. La promesse de liberté est elle-même affaiblie.

Après un tel constat, on pourrait imaginer qu’il n’y ait plus qu’à tirer l’échelle. Tel n’est pas le cas. Emmanuel Macron se refuse à faire de l’Europe le bouc émissaire de tous les maux qui nous affligent. On pourrait « renouer avec le désir d’Europe », reprendre depuis le début avec un projet politique véritable.

L’Union Européenne demeure en ce sens pertinente comme espace de marché unique et de progrès social (liberté d’entreprendre, justice sociale), mais aussi pour faire face aux flux migratoires, pour la défense commune des frontières, les intérêts des diverses nations étant liés sur ce point. On ne peut pas « tout refaire à l’échelon national ». Il préconise un budget de la zone euro pour les investissements communs, un plan de baisse des dépenses, une politique coordonnée en matière d’accords commerciaux (Chine, USA, Canada). Ce projet d’une Union Européenne réformée devrait être mis en route et validé par chaque État « selon sa tradition démocratique ».

L’ambition du candidat Macron va même au-delà. En dépit de ses appréciations liminaires sur l’Europe comme « rêve d’empire et d’union par la guerre », il avance que celle-ci n’en pourrait pas moins constituer « notre chance pour retrouver notre pleine souveraineté ». A minima, l’Union Européenne peut, ou pourrait, assurer un « bon niveau de protection » de cette souveraineté.

 

Abandonner nos « passions tristes »

Faire entrer la France dans la marche du monde [« stade final du capitalisme mondial »]

Emmanuel Macron fait état du désarroi qui semble affecter de la population française (“nous”).

L’opinion est désorientée. « La France est malheureuse de ce qu’elle est devenue ». Elle a le « sentiment qu’elle glisse vers l’inconnu, qu’elle ne maîtrise plus son destin, perd son identité ». « Nous sommes recroquevillés sur nos passions tristes, la jalousie, la défiance, la désunion ».

Sans doute ne s’agit-il pas seulement de « sentiment”, mais aussi de réalités. « Notre pays est rongé par le doute, le chômage, les divisions matérielles mais aussi morales ». Le rapport au travail a été bouleversé, de nouvelles inégalités se sont développées, nous sommes confrontés à une  société ouverte sur un monde de risques, tandis que le système de lois et de règlements date du XIXe siècle, que les recettes du siècle dernier ne fonctionnent plus, que la règle envahit tout, et que le pays vit pour l’administration. L’endettement du pays s’accroît, la structure territoriale est inadaptée, l’éducation nationale est dépassée. Le “modèle français” ne marche plus, c’est devenu un système organisé pour protéger l’ordre existant, les situations acquises, injustes, qui de plus alourdissent la dépense publique. dans cette situation, le divorce entre le peuple et les gouvernants s’approfondit. Nous sommes immobiles, à l’arrêt. Bref, « notre situation n’est ni acceptable, ni tenable ».

Que nous reste-t-il à faire ici encore :

Si l’on suit le propos d’Emmanuel Macron, il semble bien que n’existe pas d’alternative, nous devons donc nous adapter aux « nouvelles exigences du temps ». Dans le cadre du monde tel qu’il marche, il s’agit de « construire une prospérité du XXIe siècle », ce qui serait faire retour à la « voie française », revenir à excellence. Ce devoir est englobant : vous et moi, nous, la France. « La solution est en nous »,  « il faut agir », « nous devons  agir», « nous devons faire ce qui doit être fait »

Il faut pour cela, se « ressaisir », ne pas se « laisser aller », engager une « rupture délibérée avec l’espèce de fatigue accumulée depuis trop longtemps ».

La France n’est pas un château de cartes, elle a traversé d’autres épreuves. Son patrimoine culturel est riche, sa démographie dynamique, elle est capable de réussir en renouant avec le fil de son histoire (une économie forte, une culture riche), afin de reprendre dans le concert des nations sa place incomparable. Le pays a le peuple et l’Histoire pour avancer. Il faut « simplement reconstituer nos forces ». Cela « ne dépend que d’une chose : notre unité, notre courage, notre volonté commune ».

Comment faire ?

Pour « répondre aux défis du monde et de notre pays », nous devons nous libérer de ce qui nous entrave, « sortir de nos habitudes ». « Nous ne pouvons plus répondre avec les mêmes hommes, les mêmes idées ». Des centaines de structures dépassées » sont à faire « disparaître », des personnels politiques, des institutions dépassées, des schémas anciens qui ne laissent pas place à initiative, des clivages anciens. Il faut permettre à la société de prendre des initiatives, d’expérimenter, de trouver des solutions appropriées « concrètes et efficaces. Les termes efficacité, responsabilité, initiative, action, innovation, ponctuent l’ensemble du discours.

Cette mise à plat des structures qui ont fait leur temps, laisseront place à un sentiment libérateur, l’idée « que tout est possible ». Il s’agit d’une « révolution démocratique profonde », le mot révolution est ici lâché. Chacun pourra y jouer un rôle et reprendre du pouvoir. « La multitude reprend forme car chacun peut avoir sa place ».

Plus concrètement, cette grande libération des énergies s’articule autour de quelques grands axes : produire en France, pouvoir vivre de son travail, refondre la protection sociale et les institutions. Dans le livre, les divers points sont peu développés. On en propose ici une vue sommaire, pour plus de détails se reporter au programme sur le Site en-marche.fr [2].

—Produire en France. Pour lutter contre la désindustrialisation, Emmanuel Macron, invoquant Colbert, propose de renouer avec « le rêve productif » de la France, construire une  « nouvelle prospérité ». Il signale au passage, ce qui est parfois oublié par d’autres candidats, qu’un impératif social contraint à produire avant de répartir. L’impératif de croissance économique devra ainsi prévaloir sur la dépense publique. Hors du schéma dualiste entre relance et rigueur, l’investissement [planifié] devra privilégier les dépenses productives (L’impôt visant surtout le capital non productif). Pour la conquête de nouveaux marchés, dans un contexte difficile, les marges des entreprises doivent pouvoir se reconstituer,  ce qui implique de réduire les le coût du travail (par une baisse des cotisations et non en diminuant les revenus des salariés).

Outre l’investissement dans l’éducation,  la formation,  la recherche, la transition écologique, le numérique, certains secteurs ne devront pas être abandonnés « au seul jeu du marché » : la défense, la l’énergie, tout ce qui touche à la souveraineté militaire et à l’indépendance énergétique (nécessité de restructurer la filière nucléaire et de ne pas dépendre d’une seule technologie).

— Pouvoir vivre de son travail. Emmanuel Macron ne prend pas à son compte le discours sur fin du travail.  Le travail est selon lui facteur d’intégration essentiel et de mobilité sociales. On ne peut envisager de répondre au chômage de masse et à la précarité qui touche aussi ceux qui ont un emploi, par des solutions type revenu universel, ce serait un renoncement au principe d’égalité. La priorité devra être donnée à la lutte contre le chômage, à la possibilité pour chacun de pouvoir « vivre de son travail ». La question n’est pas d’assurer seulement un filet de sécurité, mais d’assurer une vraie place à chacun dans la société, pour ceux qui sont sans emploi de chercher les moyens d’un retour au travail. Le marché du travail « malade » a besoin d’être réformé.

Il s’agit de construire un cadre permettant « à chacun de trouver sa voie, de pouvoir choisir sa vie », de mettre en œuvre des règles qui ne favorisent pas seulement les “insiders”. Il faut ouvrir la voie à des possibilités d’évolution, à des réponses personnalisées (notamment en matière de formation). S’il est nécessaire de maintenir une protection contre le chômage, la garantie de sécurité de l’emploi ne peut être assurée. Les droits de l’assurance chômage (sans dégressivité) devraient être étendus aux non salariés.

Une réorganisation du droit du travail est nécessaire : tout en maintenant quelques grands principes non dérogatoires, il faut  plus de flexibilité, : adaptation des 35 heures selon les entreprises, négociation par branches et entreprises. La difficulté de cette réorganisation viendra des syndicats, dont il conviendrait de renforcer leur légitimité, dans le cadre de leur pouvoir de négociation au niveau des entreprises.

 

Refonte du modèle social : Les bouleversements en cours ont fait naître de nouvelles inégalités.  Or, les règles de protection sociale qui prévalent ne signifient pas plus d’égalité sociale. Il y a d’un côté des personnes sans aucune protection et, de l’autre, des régimes spéciaux et une multitude des statuts et situations. L’accès à l’emploi, les salaires sont inégaux, entre hommes et femmes et selon les origines et les lieux. Avec le chômage de masse, les règles de protection sociale (santé, chômage, retraite) gagées sur le travail ne fonctionnent plus, ce système accroissant les inégalités n’est plus tenable. Il faut sortir de cette approche, établir des principes qui favorisent effectivement l’égalité, notamment en faisant plus pour ceux sont dans des situations les moins favorisées.

Au régime fondé, sur les  cotisations sociales ceux qui ont un travail, il faut substituer une régime fondé sur l’impôt. Ainsi, les règles de protection ne dépendront plus de la situation des personnes à un moment donné. De la même façon le régime universel de retraites, tout en maintenant le principe de la répartition, sera conçu indépendamment du statut des travailleurs. L’Etat, en tant que financeur des dépenses sociales, doit reprendre en mains les décisions stratégiques concernant la santé, le chômage, qui relèvent aujourd’hui de la gestion des partenaires sociaux. S’il s’agit de leur donner moins de place dans l’orientation générale du système, une plus grande place devrait leur être accordée dans la négociation et la régulation au sein des entreprises, dans l’accompagnement des actifs. Le candidat suppose qu’il s’agira là d’un « rude combat », susceptible de fâcher les partenaires sociaux qui vivent du système.

 

En matière d’institutions, Emmanuel Macron se prononce pour un renoncement au « rêve d’une France uniforme ». S’il propose quelques modifications mineures de la structure administrative pour une partie des départements, il veillerait à éviter l’enlisement de la « France périphérique », par des équipements publics de base, des moyens de transports, la rénovation urbaine, une reconstruction industrielle et commerciale, l’économie productive des campagnes, la réorganisation des filières agricoles.

 



Notes    (↵ Retourner au texte)
  1. 1. Il use plutôt du je (sujet) plutôt que du moi solipsiste nombril du monde” (de François Hollande).

  2. 2. Parmi les priorités : réduction des déficits, choix de dépenses prioritaires, baisses d’impôts favorisant l’activité économique et l’emploi, investissements productifs, renouer avec l’excellence des services publics.

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