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Pour introduire l’analyse des programmes des principaux candidats Le littératron de Robert Escarpit. Un ouvrage toujours d’actualité

Quand on écoute les discours ou que l’on lit toute la littérature sur les élections présidentielles de 2017, on peut se demander si la machine que Robert Escarpit avait décrit dans les années 60, dans son livre « Le littératron », n’aurait pas finalement été inventée et utilisée depuis un certain temps.

Ce livre raconte l’histoire d’un linguiste, spécialiste du discours politique qui va tout faire pour obtenir des financements (quitte à employer les plus basses astuces pour convaincre ses interlocuteurs) afin de créer une machine pour créer le discours politique parfait et plus si cela fonctionne.

Qu’en est-il de cette machine « En somme, il s’agit d’un simple ordinateur capable de trier et de combiner très rapidement un grand nombre de données qu’on a préalablement placées dans sa mémoire à celles qu’il a recueillies au cours de ses expériences successives.

On peut demander à une telle machine d’identifier un texte quelconque, d’analyser, de la juger et même de le corriger. On peut aussi, en inversant l’ordre des opérations, lui demander d’associer elle-même les mots, les idées, les structures grammaticales, c’est à dire d’écrire et de composer des textes littéraires ».

Pour cela, il va appuyer son travail de linguiste en référence aussi « au livre de Quintilien, Romain qui traite l’art de persuader : les gestes, les grimaces, les plaisanteries, les arguments … Celui qui assimilerait tout ça serait capable de faire croire à n’importe qui, qu’une vessie est une lanterne et réciproquement. »

Mais comme nous dit l’auteur « ce n’est pas à la portée de tout le monde. Il faut toute une pratique ». C’est pourquoi il veut « une machine qui fasse automatiquement et en série ce qu’un homme muni de ce livre fait en quelque sorte artisanalement ».

Pour créer cette machine, il part de l’hypothèse de travail que « l’image qu’il se fait de lui-même est pour chaque homme l’étalon de toute valeur. Il s’en suit que consciemment ou inconsciemment, on n’aime d’autres œuvres que celles où l’on ne se laisse persuader par des paroles que si l’on y retrouve l’écho de ce qu’on pense avoir dit. »

Il va donc créer cette machine et l’essayer dans une élection cantonale. Il réussira à faire élire un candidat qui n’aura fait que répéter les mots que la machine aura sortie des données compulsées à partir d’enregistrements, de discussions recueillis dans les bars, les lieux publics…

Ce succès est du pour l’auteur au fait que « l’on assiste dans la lecture des arguments pour l’élection de l’effet narcisse. C’est un mélange de satisfaction intime et de surprise. Les neurologues ont montré qu’il s’agit d’un phénomène de résonance comparable à l’effet Larsen en électro-acoustique. Les propres pensées profondes du sujet lui étant réinjectées provoquent dans les neurones des centres supérieurs le déclanchement d’oscillations hypnogéniques et euphorisantes. En un mot sans avoir conscience de se reconnaître dans ce qu’on lit ou ce que l’on entend, on se trouve plongé dans un état de béatitude réceptive qui élimine provisoirement le sens critique. »

Il voudra aussi créer cette machine pour produire le best seller de l’année. Pour cela il propose que « chaque année, le secrétaire du syndicat des jurys de Prix Littéraires fasse le relevé des cents ouvrages ayant obtenu le plus de succès auprès des lecteurs. Des spécialistes en analyseraient les éléments stylistiques, narratifs, descriptifs, idéologiques et affectifs. On nourrirait de ces données la mémoire du littératron qui aussitôt intégrerait le tout pour en faire une œuvre qui serait en quelque sorte la quintessence du succès, le best seller robot ».

Dans son imagination débordante (peut être pas tant que cela) l’auteur, fort de son succès dans le domaine politique, ira jusqu’à proposer des colloques à l’UNESCO sur des questions multiples ayant besoin d’un littératron : « littératronique et persuasion, littératronique et culture et littératronique et défense et pourquoi pas prévoir littératronique et décolonisation ».

Et pour en finir de la manipulation pourquoi ne pas proposer un moyen de diffuser les idées gouvernementales. Il l’appellera, Le projet 500. Projet dont le but est de « délimiter un vocabulaire basique de cinq cents mots assortis de quelques règles de grammaire simples, qui constituerait désormais le seul langage autorisé dans la presse, à la radio ou à la télévision pour l’expression des idées. Mots et règles de grammaires seraient choisis de façon à ne pouvoir se combiner que selon un certain nombre de schémas bien déterminés et conformes en tout état de cause aux idées gouvernementales. »

Voilà bien une machine qui peut sembler délirante pour toute personne qui croit en la capacité humaine de faire des choix sensées et réfléchis. Cependant même si au regard de l’ancienneté de cet ouvrage, on peut penser que beaucoup d’hommes politiques n’en connaissent pas l’existence, on peut se demander comment il se fait que beaucoup d’entre eux pratiquent quand même des méthodes identiques afin de convaincre des citoyens de voter pour eux. Parce que finalement, n’estiment-ils pas que ces électeurs ne sont capables d’entendre que ce qu’ils ont envie d’entendre et qu’on ne peut les convaincre qu’avec des arguments adaptés à chaque catégorie, voir à chaque type de personnes.

De la même façon, comment ne pas penser que la plupart de nos responsables politiques n’ont que l’envie d’avoir la meilleure place, et donc ne s’intéressent absolument pas à la situation concrète des français, ni à l’état de déconstruction de notre pays. Car soyons clair, qui veut réellement prendre en compte l’inquiétude des classes populaires concernant l’économie, la politique, et plus largement à l’avenir de la société française ?

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