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Chronique d’une mort annoncée «  Qui a tué l’industrie française  ?  »

«  Qui a tué l’industrie française  ?  » Cette question, qui accable nombre de nos concitoyens, est l’objet d’un documentaire riche, cohérent et bien construit, réalisé par Ella Clerfontaine, diffusé sur la Cinq le 25 mai 2025 (visible en replay jusqu’au 26 février 2026). Le film, qui interroge des témoins ou responsables économiques et politiques des périodes concernées, est conçu comme une enquête retraçant les étapes de la désindustrialisation de la France depuis les années 70. Il identifie des facteurs économiques et politiques successifs et combinés, comme autant de “suspects” du crime en question. Il résulte de l’enquête, que la cause de la destruction de l’industrie française ne peut être imputée à un seul de ces “suspects”, mais à un enchaînement fatal de causes. Fatal, en ce que chaque orientation ou mesure censée pallier une difficulté de l’économie, fraie à coup sûr la voie à d’autres atteintes et s’inscrit dans une perpétuelle fuite en avant du capital libéré – et qui semble rencontrer maintenant les limites du monde. Nous nous proposons de rapporter quelques axes et questions notables de ce documentaire sur la descente aux enfers de l’industrie française, et de les interroger nous-mêmes.

Le point de départ de l’enquête montre l’industrie manufacturière, suite à la reconstruction d’après-guerre et à la politique d’indépendance économique gaulliste, comme une base solide de l’économie française, qu’on mesure en 1970, aux six millions de salariés qu’elle emploie, soit 29 % des emplois. Les capitaux trouvent à s’investir avec profits de façon renouvelée dans l’industrie manufacturière, elle a un marché pour ses produits. Jérôme Fourquet, analyste politique, résume bien  : «  Ce qui a en partie dopé la croissance industrielle des Trente Glorieuses c’est le formidable bond en avant en termes d’équipement matériel de toute la société française. Dans le début des années 70, ce moteur historique commence à se gripper, parce qu’une fois que vous avez eu une voiture, un frigidaire, une télé, la demande se tasse.  » Dans le même temps, la “crise du pétrole” des 70 amène le quadruplement du prix du baril. L’inflation augmente, le pouvoir d’achat baisse, la croissance aussi. Les entreprises font face à la concurrence, 33 000 emplois industriels disparaissent en deux ans. Et cela réduit d’autant les recettes de l’État qui, pour la première fois sous la Ve République, a recours à la dette pour combler ses besoins budgétaires. Devant le risque que cela représente à terme, le Premier Ministre d’alors, Raymond Barre, estime que «  la France vit au-dessus de ses moyens  », et que le sauvetage, la «  dynamisation  » de l’industrie, demande qu’on se débarrasse des industries les moins rentables, «  les canards boiteux  », dans le textile et la sidérurgie. Malgré la purge et les perspectives vantées, la désindustrialisation se poursuit néanmoins. Les gouvernements suivants, Mitterrand, usent d’autres moyens  : hausse des salaires supposée relancer la consommation et, pour «  la défense de la production française  », nationalisation de cinq géants industriels. Dans le documentaire, Louis Gallois, Directeur général de l’Industrie dans ces années 80, rappelle  : les entreprises nationalisées «  étaient presque toutes des entreprises en très grande difficulté  ». Las  ! non seulement cette politique dégradera les finances publiques, mais la concurrence étrangère dans la sidérurgie étant imbattable, l’État employeur, ferme ou restructure des sites, supprimant 6 000 emplois, saignées dramatiques pour des régions entières. Louis Gallois reconnaît  : «  sur ces grands secteurs d’industrie lourde, il n’y a pas eu de véritable vision  ». L’autrice du documentaire, Ella Clerfontaine ajoute  : la gauche, «  qui avait juré de défendre l’emploi, doit se résoudre à accompagner le déclin de l’industrie  ». Les termes sont bien choisis  : se résoudre, accompagner. On ne peut dire mieux la non-maîtrise, quelle que soient les intentions.

Le gouvernement Mauroy produit alors un arsenal d’accompagnement social  : pré-retraites, formation, reconversion. Alors qu’il s’agissait manifestement d’expédients et non de solutions, alors que cette désindustrialisation est donnée comme inéluctable, on nous demandait en même temps de considérer la faiblesse de l’économie comme passagère. Personne alors ne voit, ou ne montre, ce que signifie cette fuite en avant sans autre recours. Lorsqu’avec une grande honnêteté, Louis Gallois énonce «  on a essayé de limiter les dégâts  », il fait toucher du doigt ce qu’accompagnement du déclin signifie pour des responsables réduits au suivisme des événements.

René Proglio, conseil en entreprise industrielle  : «  La bascule a eu lieu à ce moment-là. On n’a plus eu l’ambition de développer l’industrie. On s’est dit qu’au fond, l’industrie c’était beaucoup d’efforts, beaucoup d’investissements, beaucoup de patience, alors qu’on pouvait faire plus d’argent en se tournant vers les services et on avait un rendement immédiat  ». Les buts sont clairement indiqués  : faire plus d’argent, et rendement immédiat. Il n’y a pas de choix. Imparable. Et mortifère.

Le secteur tertiaire est alors vendu comme signifiant «  modernité, progrès et prospérité  ». Cela paraît être «  dans le sens de l’histoire  ». Cravate plutôt que bleu de travail, “cols blancs plutôt que cols bleus”, métropoles plutôt que régions industrielles polluées, «  il y a eu une espèce de consensus pour se tourner vers ce modèle-là  », montre Jérôme Fourquet.

Poursuivant sa quête, le documentaire élargit la focale au-delà de l’Hexagone, et identifie sans surprise des causes de la désindustrialisation, dans des tendances économiques générales et des choix d’échelle globale. C’est le moment du déploiement de l’idéologie et des pratiques du “libéralisme économique”, que le documentaire résume bien  : «  l’État doit s’effacer, seul le marché est efficient, il faut donc le libérer de toute entrave, supprimer toutes les barrières, toutes les régulations.  ». FMI et la Banque Mondiale, imposent des “cures d’austérité” aux “pays du sud” en faillite. «  Rien n’est jamais gratuit quand vous sollicitez le FMI. La première chose que vous êtes invités à faire, c’est le grand ménage chez vous  ! Et tant pis si c’est douloureux  !  ». Ces paroles délicates de Michel Camdessus, directeur du FMI de 1987 à 2000, sont au fond celles qui font entrer les “pays du sud” dans l’orbe d’un capitalisme globalisé pour préserver la situation des pays riches. Ella Clerfontaine met en évidence la survenue dans la même époque, d’un facteur d’une grande importance  : la chute du Mur et la fin de l’Union Soviétique  : «  un modèle alternatif s’effondre  ». Le libéralisme économique se sent pousser des ailes. Beaucoup se persuadent alors que c’est définitivement «  le capitalisme triomphant  ».

En 1992, le traité de Maastricht entérine ces nouvelles données  : seule la concurrence doit stimuler la compétitivité, c’est la fin des aides nationales aux entreprises. En France, des cabinets de consultants porteurs de l’idéologie néolibérale débarquent avec des «  outils de gestion financière  » «  performants  ». La France étant pourvue d’excellentes écoles d’ingénieurs, ces cabinets recrutent en masse une main d’œuvre diplômée, séduite intellectuellement, et très bien rémunérée. Un «  état d’esprit anglo-saxon  » se diffuse parmi les catégories dirigeantes, «  biberonnées aux règles de la rentabilité financière à court terme  ».

En 1995, l’emploi industriel ne représente plus que 15 % des emplois. La désindustrialisation est donnée comme «  normale  » – quand une situation qu’on n’a pas voulue s’impose, on dit “normale” – «  il faut juste laisser les choses se faire  ». Avec le développement des nouvelles technologies de la communication, les capitaux circulent désormais sans entraves, à toute vitesse, entre les places financières mondiales, transformant profondément l’économie.

Pour les investisseurs, «  il n’y a plus de limites d’espace, ni de temps  », «  l’argent ne passe plus par les banques mais par la Bourse, les industriels y cherchent des financements, les investisseurs des profits  », résume le documentaire. Les usines changent de propriétaires  : ce ne sont plus des entrepreneurs, mais des actionnaires, en l’espèce des fonds d’investissement, des fonds de pensions étrangers, des institutions. Une seule exigence  : leur argent doit rapporter, et rapporter vite. Alors que l’industrie a besoin de l’investissement sur le long terme. Si les profits ne suivent pas, les actionnaires partent spéculer ailleurs. «  C’est de l’instantané, ils se servent, puis après, ce qui se passe derrière, ils s’en foutent. […] On reversait au fonds de pension 6 % des bénéfices, ils voulaient passer à 10 %. C’était plus possible, à un moment, industriellement, il faut bien réinjecter un minimum. L’outil industriel était déjà à son maximum de rentabilité  », relate un ouvrier d’une entreprise d’équipementier auto, passée par une dizaine de propriétaires financiers. Un syndicaliste d’une autre boîte  : «  À Stellantis, on est passé à 12,8 % de marge opérationnelle. C’est hallucinant  !  ». Le retour sur “investissement” financier exigé est de plus en plus important. Jusqu’à dépasser les possibilités réelles de reproduire le cycle de production. Peut-on parler encore d’“investissement”, ou d’autophagie  ?

Aurore Lalucq, député européenne  : «  Le capitalisme a changé. Il y a des fonds qui jouent avec un certain nombre d’usines. De toutes façons, nous ne serons jamais assez rentables. Il faudra toujours plus de cash  ». La financiarisation de l’économie avance alors à grands pas. René Proglio  : «  si vous ne rémunérez pas le capital, les fruits iront ailleurs. C’est très pervers.  » La productivité doit nourrir les dividendes, les salaires baissent, «  le ressentiment monte  ». Faute, tant soit peu, de perspectives et d’organisation politiques, ce qui monte ne peut guère, en effet, dépasser le ressentiment.
Années 2000. Après le capital, ce sont les produits qui circulent librement. Le libre-échange est érigé en philosophie, pour «  élever le niveau de vie, créer des emplois  », nous est-il alors vendu – ce qui sera jusqu’à un certain point effectif ailleurs que dans les anciens pays industrialisés –, et «  pour bâtir un monde plus prospère et plus pacifique  », ce qui de toute évidence n’est pas advenu. L’OMC s’est vue dès lors jouer la désindustrialisation des pays développés. L’OMC fait entrer la Chine dans ses accords. C’est la «  division internationale du travail  ».

Pascal Lamy, à la manœuvre à l’époque  :

 


«  La division internationale du travail, c’est  : je fais quelque chose mieux que vous, vous faites quelque chose mieux que moi. On a un intérêt objectif à l’échange, à baisser les droits de douane sur nos importations, en contrepartie du fait que les marchés sur lesquels vous exportez baissent les leurs. Vous réduisez les subventions en contrepartie du fait que les autres fassent pareil.  »

 


Les nations industrielles anciennes, Américains en tête, qui investissent dans la production en Chine, ne la considèrent que comme un gigantesque marché d’un milliard de consommateurs, et n’en voient absolument pas les contreparties. Clinton en 2001  : «  L’adhésion de la Chine à l’OMC, c’est une décision gagnant-gagnant. Elle protègera notre prospérité et favorisera les changements nécessaires en Chine. C’est une bonne chose pour nos agriculteurs, pour nos industriels et pour nos investisseurs.  » Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef de 2018 à 2023, explique  : quand Clinton a décidé de l’entrée de la Chine dans l’OMC, les Américains envisageaient bien un concurrent, mais l’imaginaient cantonné à des produits “entrée-de-gamme”, quand eux garderaient le haut-de-gamme. Mais la Chine, beaucoup plus compétitive, est devenue un énorme producteur, et «  l’usine du monde  » beaucoup plus vite que personne ne l’aurait pensé. La France pensait, pareillement, écouler sa marchandise en Chine. Et c’est exactement l’inverse qui s’est produit. On fait comme si on avait compris le sens des choses, alors qu’on ne fait que suivre une fuite en avant perpétuelle.

C’est alors que la primauté est donnée à la consommation sur la production. Ce qui dans les termes mêmes pouvait interroger. Et comme le fait valoir Arnaud Montebourg dans ce documentaire, les consommateurs effectifs ou potentiels sont alors plus nombreux que les producteurs de l’industrie en nombre toujours moindre de surcroît. Aussi, la désindustrialisation est «  rendue acceptable, tout en l’accélérant  », au profit de l’importation de produits peu coûteux fabriqués ailleurs à bas coût de main d’œuvre. «  C’est un choix politique  », dit Arnaud Montebourg, formule à moitié vraie, en cela que l’on y voit encore des “décisions ”qui ne signifient pas plus qu’entériner une tendance de ce qui se fait spontanément, irrépressible malgré ou contre les bonnes volontés, et portées par une espèce de consensus mou, non éclairé. Combien ont vu et alerté alors  ? Et qui aurait écouté  ? Et quelles digues n’auraient pas été emportées  ?

Cette considération qui veut se débarrasser des usines est alors théorisée, c’est le “Fabless”, pas d’usines, la France serait appelée “à des tâches plus nobles”. Et plus rémunératrices. Au point que le PDG Georges Tchuruk s’imagine anticiper et sauver le capital de Alcatel en butte à une concurrence forte, en fermant les deux tiers des usines ici. Cette décision “géniale”, prise rationnellement sous le coup de contraintes économiques mondiales fortes, n’a eu pour dernier résultat que la disparition de Alcatel, pourtant n°1 des télécoms en Europe. René Proglio  : «  Une industrie sans usines, ça ne peut pas marcher.  »

Le documentaire d’Ella Clerfontaine énonce  : «  Les entreprises françaises deviennent championnes de la délocalisation, pour produire ailleurs moins cher, et maintenir leur compétitivité au niveau mondial.  » Cette formulation montre bien la contradiction intrinsèque, l’obligation et l’inviabilité de ce phénomène  : ce qui est sauvé, c’est la rentabilité (donc la survie) des capitaux placés et déplacés, mais c’est de façon éphémère  ; en même temps que disparaît la base industrielle nationale, celle sur laquelle avait prospéré hier le capital qui y était investi, celle qui fabriquait l’essentiel des besoins nationaux, ou les moyens de les acquérir.

La descente aux enfers se poursuit, une chose non véritablement voulue, en amenant forcément une autre tout aussi peu souhaitée, en dépit des effets de manche. Le documentaire attire l’attention sur le fait que virer les usines de France, c’est perdre le lien vital entre recherche et fabrication, «  car la recherche se nourrit de l’expérience concrète  ». Par conséquent, après la fabrication, la conception même nous échappe. David Cousquer spécialiste de l’économie numérique  : «  Il n’y a pas de pays avec de forts investissements dans la R&D sans un investissement à peu près proportionnel dans l’industrie.  » Requiem. «  On est débordé par l’innovation des Chinois  », la Chine forme des millions d’ingénieurs, «  toute l’électronique d’Europe, vient à 100 % d’Asie.  »

2005  : les emplois industriels ne représentent plus que 13 % de l’emploi en France. Les ouvriers se sentent exclus de cette société présentée comme “moderne”. L’un d’eux, syndicaliste, désabusé  : «  cela fait partie des choses contre lesquelles on ne peut rien  », «  l’économie de marché s’impose parce que c’est un processus tout à fait naturel  ». Et en effet, elle se présente comme un processus “naturel”, immanent. Le même ajoute  : «  c’est le sens de l’Histoire  ». C’est tragiquement traduire l’inéluctabilité de la logique d’extension du capital, de son besoin effréné de réaliser plus de profits. C’est un écrasement sans prise et sans rémission qui amène à se résigner et à y voir “le sens de l’Histoire”. à terme visible, certes. Mais nous pourrions ajouter que le “sens de l’histoire” ne peut se révéler dans une course à l’abîme, les peuples devront forcément de trouver un autre sens que ce néant. C’est dire beaucoup de notre état de désorganisation politique.

Quand cette submersion touche les grandes usines, les fleurons stratégiques, Montebourg ministre, produit alors une loi «  de redressement productif  »  : elle n’est pas appliquée, elle va à l’encontre d’autres contraintes, le chantage des investisseurs, le pouvoir d’achat comme écran de fumée sur l’avenir, sans parler des «  primes au non patriotisme  » accordées à millions aux Pdg qui décident de brader des entreprises stratégiques. La France perd ses bijoux de famille  : Alcatel, Alstom, Tecnip, Lafarge, rayés de la carte, et les emplois avec. Cela est bien résumé par Jérôme Fourquet  : «  la France est progressivement passée du statut de pays détenteur à celui de pays détenu […] elle perd de sa souveraineté et de son indépendance.  » Aujourd’hui les sociétés du CAC 40 sont détenues à 58 % par des capitaux étrangers. De surcroît, comme l’ajoute Arnaud Montebourg avec une évidente douleur  : «  On importe tout, tout, tout.  »

La logique d’expansion illimitée du capital qui l’a ainsi amené, sans rencontrer de freins conséquents, à se débarrasser des usines de fabrication dans ses vieux centres, révèle bien qu’il est fondé sur une finalité de recherche infinie de réalisation de profit, et qu’il tend toujours à se dispenser de la fabrication des produits utiles sans lesquels, cependant, sa réalité économique est de plus en plus virtuelle. La poursuite de cette expansion met en évidence cette dichotomie. Geoffroy Roux de Bézieux, honnêtement réaliste  : «  C’est pas le job du patron de s’assurer qu’en cas de nouvelle crise [pandémique], il y aura du Doliprane en France. Lui, il est là pour développer l’entreprise Sanofi. Pas défendre le pays.  » “Développer l’entreprise”, c’est développer sans fin la rentabilité du capital qui y a investi dans ce but. Pourtant, on aura beau créer de nouveaux besoins, le marché sera forcément limité, ne survivront que les “mieux-disants”, les autres ne réaliseront pas le capital investi, seront faillis, ou auront déserté le navire, et que coule l’équipage. Embêté, parce que pas patriotico-indifférent, Roux de Bézieux botte en touche  : «  C’est à l’État de définir ce qui est stratégique et qui doit rester en France  ». Certes mais, on l’a déjà vécu, l’État ne définit pas ce qui rentable. Une contradiction, peut-être, entre le bien public et la marche spontanée du capital à la rentabilité  ?

En 2020, l’industrie française ne pèse plus que 10,3 % de l’emploi manufacturier.

Aux États-Unis, qui ont alors le même problème, Jo Biden, escomptant rapatrier l’industrie, récuse les règles économiques internationales du libre-échange que les Américains défendaient hier mordicus, signe d’une grande faille, et des états-Unis et de l’économie mondiale. L’UE proteste à l’OMC, en vain. «  L’OMC, c’est une institution qui est morte. Il n’y aura plus d’accord, parce que les pays n’en veulent pas  », juge Roux de Baizeux. Les mesures unilatérales américaines voudraient que d’autres capitaux investissent aux USA dans l’industrie, plutôt que les concurrencer. Les USA ont 394 milliards d’investissements étrangers, dont 45 % sont européens. «  Ce sont donc eux qui financent la réindustrialisation américaine  », observe justement le documentaire. Trump sera d’ailleurs bien plus radical dans le mépris des traités internationaux, sans mesure, et sans vision des conséquences de ce poker.

En 2024, la Chine détient 1 000 milliards de dollars d’excédent commercial. Ils inondent le marché, mais ce qu’ils réinjectent dans la production est susceptible de se transformer en une masse de capital immobilisé dans des produits, et perdu dès lors qu’il n’y en a plus le marché. Ce qui est en train de se produire.

Ella Clerfontaine conclut quant à elle  :

 

«  L’industrie française n’est pas morte d’une cause unique mais d’une succession de coups, portés par plusieurs mains  ». «  En cinquante ans, la France a perdu plus que ses usines, elle a perdu une partie de sa souveraineté, de son savoir-faire, de sa cohésion sociale. La France ne sait plus garder une industrie au service de tous  », «  elle est devenue un pays qui ne sait plus fabriquer ce qu’il consomme.  »

 

Comment ne pas évoquer cet ouvrier de la Creuse, qui déplore la perte de l’industrie et du savoir-faire productif, de sa noblesse  : «  bientôt, on ne saura plus fraiser, plus souder, plus rien faire  », pourtant «  c’est tellement bien quand on voit ce qu’on a fait. Et qu’on le partage avec les collègues. C’est magique. […] Ça va bien au-delà de la technicité. Tout ça, ils l’ont cassé en grosse partie. Et cela je ne leur pardonnerais jamais.  »

Deux mondes. Le monde non volontaire, mené par la réalisation du capital à l’infini, qui nous entraîne  ; et qui atteint maintenant ses limites. Le monde qui se réalise en réalisant volontairement l’utilité sociale et humaine  ; et qui est un projet.


Orphée.

 

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