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Représentations communes de la situation de la France et des orientations des candidats aux élections de 2012

De novembre 2011 à janvier 2012, Germinal a mené une enquête[1] portant sur les problèmes économiques et politiques qui se posent dans la conjoncture actuelle. Parmi ceux qui sont jugés les plus importants par les personnes interrogées, quelles sont les causes qu’on leur assigne, et compte tenu de ces causes, quels sont les courants politiques estimés capables, ou non, de résoudre de tels problèmes. Ces interrogations ont bien sûr à voir avec les échéances électorales (présidentielles et législatives) de 2012, mais on n’a pas souhaité centrer le questionnement sur des Partis ou des personnes (pour ou contre Sarkozy, Hollande, Marine Le Pen, etc.), préférant rester sur un terrain plus objectif, quelle relation établir entre l’analyse de la situation et les orientations proposées par les divers courants ou candidats.

Bien que chaque individu dispose d’un rapport au monde et d’un mode de pensée propres, et qu’il ne puisse “représenter” le point de vue d’un autre simplement en raison de la position qu’il occupe dans la société, on observe qu’il existe des façons distinctes de se représenter les problèmes, selon que l’on est employé dans le secteur public ou dans les secteurs liés à la production marchande (ouvriers, employés du privé, artisans, agriculteurs, commerçants…). Il ne s’agit là que de tendances générales, forcément schématiques. On observe cependant que les personnes liées à la production marchande ont davantage tendance à se préoccuper des manifestations de la contradiction fondamentale du capitalisme (anarchie sociale de la production et ses effets dans la concurrence et les crises de surproduction), tandis que celles du secteur public se préoccupent plus de la question de la redistribution des richesses, sans forcément se soucier de savoir quelle est la source nécessaire de leur production (le travail productif). Ces deux sous-ensembles se retrouvent cependant d’accord pour exprimer leur manque de confiance dans les divers courants et partis politiques, la capacité de ceux-ci à maîtriser les problèmes qui se posent dans la conjoncture actuelle.

Les problèmes les plus importants viennent de l’état de l’économie, plus que des choix politiques.

Ce sont les problèmes qui se posent dans le champ de l’économie qui sont estimés les plus importants : 85% contre 15% pour ceux qui se posent dans le domaine des choix politiques . Les premiers mentionnés sont ceux qui touchent directement la population du secteur lié à la production marchande : chômage (50%) désindustrialisation, délocalisations (24%) perte de croissance (évoqués plus fréquemment par les ouvriers et employés, les commerçants et artisans).

Il n’y a plus d’industrie (technicien).

Plus assez d’embauche (agent de maîtrise).

Les entreprises sont menacées dans leur survie (ouvrier).

Le chômage, la perte de croissance, les délocalisations, peuvent être associés au développement de la pauvreté, à la stagnation des salaires, des retraites, l’affaiblissement de la protection sociale, et finalement la baisse du pouvoir d’achat (28%).

Pouvoir d’achat en berne (employé).

La vie est dure, les salaires n’augmentent pas (ouvrier).

Hausse des loyers (employé).

Quand on a tout payé à la fin du mois, il ne reste pas grand chose (agriculteur).

Pour les commerçants et artisans, la baisse du pouvoir d’achat peut être mise en relation avec l’augmentation des charges. Dans le sous-groupe des ouvriers, l’instauration de la monnaie unique, jouerait dans le même sens.

Le passage à l’euro, on s’est mis dedans, tout un tas de choses qui fait qu’on a perdu le pouvoir d’achat (ouvrier).

Posés dans le cadre national, ces problèmes sont mis en relation avec le contexte mondial : économie globalisée, mondialisation, crise mondiale, parfois réduite à la crise financière. De façon secondaire, on peut parler de la surévaluation de l’euro défavorable à la défense du secteur productif national.

L’euro est surévalué, ce qui cause des problèmes pour l’exportation et donc pousse les entreprises à fabriquer dans d’autres pays (ouvrier).

La question de l’endettement des États est jugée préoccupante ( 20%), la Grèce servant d’emblème, bien que certains estiment que la France ne sera pas épargnée.

Le problème de la Grèce fait énormément de tort à l’économie européenne (technicien).

L’endettement dans beaucoup de pays qui provoque le chômage (ouvrier).

Le poids prépondérant de la finance et des marchés sur la production ( 24%) est mis en cause.

Le problème est que le monde économique est plus contrôlé par le monde de la finance que par le monde de la production (cadre secteur privé).

Le problème est que tout est basé sur les marchés financiers (agriculteur).

La domination de la finance se limite pour quelques-uns au poids des actionnaires qui veulent « faire du fric » et non produire, ou au développement d’une économie virtuelle prenant le pas sur la production réelle.

Il n’y a plus que le CAC 40 qui compte (ouvrier).

Les spéculateurs font du fric pour du fric, avec le CAC 40, les actionnaires (ouvrier).

Un système tronqué, faussement dopé, de l’argent qui n’existe pas [qui n’a plus de base] et qui circule (technicien).

L’immatérialité de l’argent virtuel qui ne repose sur aucune marchandise (enseignant public).

Plus particulièrement dans le sous-groupe des agriculteurs, on signale le tort fait par la spéculation qui règle arbitrairement le cours des matières premières.

Enfin sont évoqués des problèmes généraux valables pour toute une époque, mais que la conjoncture fait apparaître plus nettement : inégalités et mauvaise répartition des richesses ( 25%).

Les riches sont toujours plus riches, les pauvres toujours plus pauvres (agriculteur).

Il n’y a pas de répartition des richesses, avec la crise, on tape sur les petits, les ouvriers trinquent (ouvrier).

Pour une minorité ( 10%), c’est l’ensemble du régime économique qui se trouve directement mis en cause, au moyen de formulations telles que le système actuel, le capitalisme, sans qu’il y ait le plus souvent d’autre caractérisation.

Une faible partie des problèmes semble résulter des choix politiques des gouvernements. Il s’agit plutôt de déplorer la perte générale de maîtrise de la situation par la politique :

Du point de vue politique, pas de réelle solution » (agriculteur).

Que ce soit de gauche ou de droite, j’ai jamais vu de changement (ouvrier).

La soumission de la politique à l’économie, la finance, est réprouvée :

L’influence de l’économie et de ses représentants (banques, entreprises, etc.) dans les débats, les projets de lois, dans les institutions, le gouvernement en général (étudiant).

Mais ce qui paraît constituer le problème principal, c’est l’évolution des partis que l’on estime incapables, ou devenus incapables d’affronter les problèmes du pays, toutes tendances confondues.

Les hommes ou les partis politiques ne sont plus de vrais politiques (technicien).

Les responsables politiques des grands partis ne donnent pas l’impression de vouloir administrer les Français et la France, mais simplement d’arriver au sommet (enseignant public).

Le désengagement des politiques dans la gestion du pays (cadre secteur privé).

Les critiques concernant en propre l’État ou le gouvernement actuel sont finalement peu présentes.

Mauvaise gestion des affaires publiques (enseignant public).

Le problème de la circulation de l’argent et des banques que l’État n’arrive plus à contrôler (enseignant public).

On ne trouve qu’une seule mise en cause directe de Sarkozy par un ouvrier, qui tout de suite ajoute « que ce soit lui ou un autre, il y aura les mêmes problèmes ». Plusieurs évoquent la nécessité d’une union des différents courants politiques pour affronter les difficultés de la situation :

Incompatibilité des différents partis et dispersion [des efforts] (ouvrier).

Il faudrait mélanger les idées des différents partis, à l’heure actuelle, on ne peut plus rester sur une seule idéologie politique (agriculteur).

La difficulté de saisir les causes des problèmes et l’incapacité des politiques à les maîtriser

Lorsqu’il s’agit de se représenter les causes des problèmes les plus importants qui se posent, un grand nombre de personnes interrogées semblent avoir des difficultés à saisir leurs déterminations. Ils se bornent à mentionner une nouvelle fois les problèmes eux-mêmes.

Cependant alors que près de 85% des problèmes évoqués dans la première question semblaient découler du mouvement propre de l’économie, les causes qu’on leur assigne sont cette fois-ci posées pour la moitié comme relevant de la politique, ou plutôt de ce qui est considéré comme un défaut de politique, d’esprit politique. On met en cause le système politique, les Partis, les syndicats, et plus généralement “les politiques”, que l’on juge incapables de maîtriser la situation, étant coupés de la réalité du monde, centrés sur eux-mêmes, sans capacité de recul :

Notre système politique […] n’est plus représentatif des inquiétudes, des problématiques du peuple français (cadre secteur privé).

Le désengagement des politiques dans la gestion du pays (cadre secteur privé).

Les politiques ne font pas leur boulot, ne représentent pas la totalité des individus et sont déconnectés du terrain de la réalité (employé).

Les politiciens n’ont eux-mêmes plus de recul et de distance pour proposer des programmes clairs et applicables (employé).

Les politiciens ne se préoccupent que d’eux mêmes, non de la bonne marche du pays :

Les politiciens qui ne songent qu’à cumuler des mandats pour toucher le maximum d’indemnités (artisan).

Les politiciens jouent beaucoup plus la partie « perso » que collectif (enseignant public).

La distance est trop grande entre le mode de vie des dirigeants politiques et le peuple (enseignant public).

L’envie de pouvoir, les gens veulent le pouvoir pour avoir l’argent […] ils veulent tirer chacun de leur côté (agent de maîtrise).

L’incapacité de l’État, des divers gouvernements, ou ici encore des “politiques”, à imposer des règles à l’économie, à protéger la production nationale, est particulièrement mise en cause.

Les gouvernements successifs ont laissé partir les entreprises et il n’y a pas eu de mesure de protection nationale (technicien).

Le gouvernement est trop laxiste, il a laissé les entreprises se délocaliser (ouvrier).

Le gouvernement donne tout pouvoir aux actionnaires, il les laisse tout faire, délocaliser, licencier, fermer les usines (ouvrier).

Rien n’a été fait en longue durée par les dirigeants politiques, les représentants ne vont pas au bout d’un projet (employé).

L’imputation au politique des problèmes qui se posent, concerne les partis, qui sont réputés défendre leurs propres intérêts plutôt que le bien commun :

Les partis ne sont plus des partis qui défendent des idées de fond, mais leurs propres chapelles (technicien).

Les partis actuels servent des intérêts particuliers et non communs, ils ne peuvent proposer de solutions qui serviraient l’intérêt général, de plus ils ne règlent pas les problèmes de fond (cadre secteur privé).

Pour la moitié des locuteurs cependant, on impute les problèmes qui se posent au mouvement immanent de l’économie plus qu’aux choix politiques. Les causes des difficultés peuvent être d’ordre général ou relever de problèmes concrets plus immédiats. Ainsi la concurrence, les coûts de la production en France, le défaut de rentabilité, sont considérés comme facteurs essentiels des délocalisations, ceci presque exclusivement pour les personnes du secteur lié à la production marchande.

La France est beaucoup trop chère dans sa production, donc délocalisations (employé).

Les pays émergents qui s’industrialisent, le coût est plus bas, on ne peut rivaliser avec eux, on met en concurrence un ouvrier français et un ouvrier chinois, l’écart économique est trop grand entre les deux (ouvrier).

Le coût de l’emploi trop élevé en France, cause la désindustrialisation, les 35 heures payées 40» (artisan).

Le capital ne trouve plus son compte dans la valeur du travail (technicien).

Ces “causes” sont mises en relation avec la situation mondiale (crise, dette publique, développement d’une économie virtuelle, concurrence des pays émergents, etc.). Les catégories directement liées à l’économie marchande capitaliste (artisans, commerçants, ouvriers, employés, cadres du privé, agriculteurs) sont plus centrés sur ces questions concrètes. Les questions liées à la spéculation, la difficulté d’emprunter, sont aussi signalées.

Les intérêts financiers conditionnent tout, il y a spéculation sur les matières premières, des traders qui font la pluie et le beau temps à la Bourse de Chicago, les prix du blé, du maïs (agriculteur).

L’augmentation du prix des matières premières (agriculteur).

La dette et le déficit, les banques qui ne prêtent plus aux petits (commerçant).

S’agissant des problèmes très généraux, l’accent peut être porté sur l’emprise de la “mondialisation”, l’interdépendance des économies, qui enlève aux États ou à l’activité économique toute liberté de manœuvre :

La mondialisation, on dépend trop de l’un et de l’autre, on n’est pas libre de faire ce qu’on veut, on est prisonnier des conventions, des quotas (agent de maîtrise).

Les contraintes de ce que l’on peut nommer “système” au niveau mondial sont également désignées comme facteurs de trouble : économie de marché, concurrence déloyale, libéralisme, modèle libéral :

La prise de pouvoir par des grandes structures mondiales économiques (agriculteur).

La concurrence économique internationale (agent de maîtrise).

Pour le chômage, il s’agit du commerce inégal avec l’Europe (agent de maîtrise).

Mauvaise organisation en France, des pays font une concurrence déloyale (ouvrier).

Le rôle de l’actionnariat au détriment de l’emploi et des salaires est une nouvelle fois souligné :

La rentabilité, flexibilité, une diminution du pouvoir d’achat, l’actionnariat nous flingue (ouvrier).

On paie moins les salariés pour donner plus aux actionnaires (employé).

Dans les sous-groupes ouvrier, (surtout militants syndicaux), et parmi les cadres (privé et public), le thème d’ensemble du capitalisme, comme cause de tous les maux, est présent, parfois seulement dans ce qui peut être considéré comme relevant de ses “excès”.

Le système capitaliste poussé à l’extrême (enseignant public).

Le capitalisme arrivé actuellement à son stade critique (cadre secteur privé).

Le système économique capitaliste et ses excès (cadre secteur public).

Sous cette forme très générale, le thème est peu prégnant chez les petits producteurs indépendants, les commerçants. Parmi les cadres du public, outre l’imputation au système capitaliste en général, on trouve assez fréquemment une critique du capitalisme moins lié à son caractère “anarchique” (tel que le révèlent les crises), qu’à la “déshumanisation” qu’il engendre, le déploiement de « l’égoïsme », du « profit », des « riches », ce qui curieusement est moins présent dans le sous-groupe ouvriers, employés et techniciens du privé, qui subissent pourtant plus directement les effets du “système”.

Le libéralisme et l’économie de marché, il n’y a plus de place pour l’humain (cadre secteur public).

Déshumanisation des échanges (cadre secteur public).

Un modèle économique qui a tout misé sur le profit et l’argent (enseignant public).

Surmonter les problèmes dans le cadre de la nation et rester les pieds sur terre

Après s’être efforcés de dégager les principaux problèmes qui se posent dans la situation actuelle, il était demandé d’envisager quelles solutions semblaient pouvoir être apportées. Dans le groupe de référence, une personne sur cinq ne voit aucune solution. Quelques cadres (secteurs public et privé) envisagent des réponses dans un cadre plus large, notamment européen. Pour les autres, les réponses apportées se situent pour l’essentiel dans le cadre de la France. [Il y a perception plus ou moins claire que la nation est la forme et le lieu historique adapté pour poser et s’efforcer de résoudre les problèmes, l’Europe et le monde demeurant historiquement et politiquement “informes”.]

Il faudrait d’abord régler les problèmes en France, pour le reste du monde je en sais pas (ouvrier).

S’occuper déjà du territoire avant de regarder au-delà, même si c’est enrichissant (agriculteur).

Remettre la France au travail (commerçant).

On propose en général des modes de résolution d’ordre politique, d’un côté mesures des contrainte, d’imposition de règles, de l’autre projection d’une transformation radicale (autre modèle de société, socialisme), estimée cependant difficile, voire utopique par la plupart. Dans le sous-groupe des ouvriers, techniciens, employés et cadres du secteur privé, les réponses se focalisent autour de la production : lutter contre les délocalisations, produire en France, réindustrialiser

Préserver nos emplois et notre économie, ne pas délocaliser (ouvrier).

Il faut maintenir les activités en France, répartir le travail, ne pas supprimer les postes (ouvrier).

Tout d’abord conserver nos outils de travail en France en empêchant les entreprises de s’exporter et de fermer, surtout quand elles ne sont pas en difficultés financières (ouvrier).

Garder nos propres industries, éviter de délocaliser (employé public) .

Il faudrait utiliser plus nos productions (agriculteur)

Relocaliser les industries dans notre pays (ouvrier) .

Faire une relance économique (cadre secteur privé).

Cela peut inclure une aide aux entreprises (ce thème est présent chez les ouvriers, techniciens, employés du privé), leur ouvrir des crédits, voire diminuer leurs charges, pratiquer un certain protectionnisme :

Continuer à aider les entreprises de production (ouvrier).

Les petites et moyennes entreprises devraient être davantage aidées parce que c’est elles qui emploient le plus (technicien).

En aidant les sociétés industrielles pour qu’elles restent en France et donnent du travail à tous (employé).

Diminuer les charges des petites entreprises (artisan).

Baisse des charges et du taux de TVA (commerçant).

Certains insistent aussi sur la nécessité de favoriser la production industrielle plutôt que les services, et plus encore que la finance ou que l’économie dite virtuelle.

La finance devrait retourner à ce qu’elle devrait être, c’est-à-dire un outil d’aide à la production (cadre secteur privé).

Le thème de l’opposition aux délocalisations par l’incitation à acheter français est particulièrement développé par les catégories liées au secteur privé, qui l’associent à la protection de la production nationale et au maintien de l’emploi :

Acheter français (ouvrier).

Acheter aux producteurs locaux plutôt que d’importer (commerçant).

Décourager les délocalisations en fuyant les produits étrangers (employé).

Le marché pour les productions françaises, devrait être protégé, notamment au moyen de l’instauration des taxes à l’importation :

Il faut instituer des taxes pour les produits qui viennent surtout de Chine (employé). Favoriser l’industrie, par un jeu de taxes à l’importation (technicien).

Acheter français se présente comme moyen de protéger la production nationale, plus que comme une relance par le pouvoir d’achat, insuffisamment discriminante par rapport à la production étrangère. Le thème de la relance par l’augmentation des salaires et du pouvoir d’achat, se présente ainsi le plus souvent de façon distincte par rapport à « acheter français ». Il est finalement assez peu présent, si ce n’est auprès de responsables syndicaux et dans le sous-groupe des fonctionnaires :

Augmenter les salaires pour relancer l’économie (ouvrier).

Relancer l’économie par le pouvoir d’achat (employé public).

La nécessité pour résoudre les problèmes de relancer l’économie et la production peut être prolongé au sein d’une thématique plus globale, centrée sur la question de la reprise en mains de l’économie par la politique.

Il faut des solutions par la volonté politique (employé).

Reprise en mains par le gouvernement des rênes de l’économie, principalement dans les grandes entreprises (enseignant public).

L’État [doit être] garant des règles économiques (cadre secteur public).

Il faudrait que les politiques […] reprennent en main sur les décisions économiques, les marchés ne doivent pas tout gérer (cadre secteur privé).

Cette reprise en mains supposerait l’imposition de règles, de contrôles, d’encadrement des mécanismes spontanés du marché, du profits, de la spéculation, au niveau national et si possible mondial :

Contrôler les échanges financiers (employé).

Assainir, encadrer, réglementer les profits (technicien).

Interdire les spéculations sur les matières premières, avoir des prix stables dans le monde (agriculteur).

Encadrer la mondialisation (cadre secteur public).

Mais aussi une discipline budgétaire, la résolution de l’endettement public :

Une politique de rigueur économique et sociale encadrée (agriculteur).

Gérer le budget en bon père de famille et non augmenter sans cesse les frais de fonctionnement (administration etc.) (enseignant public).

Une discipline budgétaire, éviter les déficits publics (commerçant).

Exposés par une minorité, les moyens de surmonter les problèmes peuvent aussi être liés à une remise en question du cadre européen. Soit qu’il s’agisse de reconquérir une certaine part de souveraineté :

Faut-il casser l’Europe, redevenir individualistes ? [ou] repenser à la possibilité ou l’impossibilité de restaurer la souveraineté de chaque pays (enseignant public).

Soit qu’il s’agisse au contraire de renforcer l’Europe, notamment dans une perspective fédérale :

Faire l’Europe unie, uniformiser l’Europe (employé public).

Il faudrait un gouvernement fédéral qui soit au-dessus des États pour pouvoir décider des orientations à prendre (cadre secteur privé).

S’agissant du problème de la dette, on ne constate pas, même auprès de militants engagés dans une perspective européaniste, d’excès de solidarité envers d’autres pays de l’Union Européenne :

Arrêter de prêter de l’argent à des pays où on ne voit pas le retour comme en Grèce, l’Espagne l’Italie, ce n’est pas de l’égoïsme, mais chacun sa merde (ouvrier).

Contrôler les fonds mis à la disposition de la Grèce (étudiant).

Les réponses à apporter aux problèmes qui se posent peuvent aussi sembler devoir résulter d’une meilleure répartition de la richesse. Pour mieux répartir, il faudrait prendre aux riches :

Il faut répartir les fortunes, prendre plus aux riches et puis voilà quoi, il n’y a pas cinquante solutions (ouvrier).

Dans les catégories liées au secteur public, l’accent est souvent porté sur ce thème de la redistribution des ressources plus que sur leur production. Il est surtout question de répartir ce que l’on prendrait aux riches, au capital, aux profits.

Remettre à plat, redistribuer le travail et les richesses (enseignant public).

Réduire les gros salaires et revaloriser les métiers manuels (enseignant public).

Pratiquer une politique redistributive plus égalitaire entre le capital et le travail (cadre secteur public).

Cela peut aller jusqu’à vouloir identifier la position de fonctionnaire à celle du travail contre le capital :

Empêcher les politiques et les financiers de nous obliger à vivre pour leur profit à eux (enseignant public).

Il est aussi question de mieux répartir les richesses en réduisant la part impartie aux “politiques”, aux membres du gouvernement et aux élus :

Réduire les salaires des ministres, députés, sénateurs et Président de la république (employé public).

Réduire le train de vie et les privilèges des élus (enseignant public).

La solution pourrait aussi venir de la défense des services publics, ce thème est peu développé si ce n’est dans le sous-groupe des enseignants :

Arrêter de saccager les services publics au profit du privé ou du rien du tout (enseignant public).

Création d’emplois dans le secteur social, l’éducation, l’environnement, mise en chantiers de grands travaux (enseignant public).

Parmi les militants, plus spécialement ouvriers, on compte sur des mobilisations capables de faire réagir les “politiques”, sans toujours être sûr de leur efficacité :

Se mobiliser, faire réagir les politiques (ouvrier).

Il faut manifester et montrer son mécontentement à tous les niveaux (ouvrier).

On va se mobiliser et jouer aux indignés pour faire réagir le monde politique et financier pour que cela change (ouvrier).

Quelques-uns, ici aussi avec plus ou moins de conviction, tablent sur une transformation socialiste, dont les contours et les conditions sont mal délimités :

Venir dans un système socialiste, le droit de vivres égaux et libres (ouvrier).

Changer de mode de production, changer de système, passer au socialisme (cadre secteur privé).

Le changement de modèle envisagé peut présenter des traits plus imprécis encore :

Instaurer un autre modèle de société (ouvrier).

Trouver un autre modèle économique, évolutif, se basant sur des valeurs humanistes de partage et de solidarité (cadre secteur privé).

D’autres se contenteraient de la restauration d’un modèle politique proposant de véritables orientations, si possible vers le bien commun :

Proposer d’abord des programmes politiques, puis des personnes pour les appliquer (cadre secteur privé).

Créer un nouveau parti orienté sur l’intérêt commun (cadre secteur privé).

Une telle restauration de la politique ne semble pas être à l’ordre du jour. À cet égard les différents courants, de droite ou de gauche, sont renvoyés dos à dos, soit qu’ils spéculent sur les désirs au lieu de présenter des orientations réalistes, soit qu’ils ne tiennent pas leurs promesses :

Déjà ouvrir les différents points de vue et voir ceux qui sont réalisables, abandonner l’idéal et revenir au réalisme (agriculteur).

Les gens aiment être représentés par des personnes qui défendent en apparence ce qu’ils aimeraient obtenir […] préférer être représentés par des politiques qui critiquent plutôt que de proposer des idées, je parle de ces personnes qui soutiennent les candidats du PS (technicien).

Si le gouvernement change, peut-être il y aura du mieux, car les promesses ne sont pas tenues (artisan).

Enfin pour quelques-uns, les solutions ressortiraient d’une modification des visions du monde, dont on ne saisit pas ici aussi, quelles pourraient être leurs conditions de réalisation :

Repenser la vision du monde, tout revoir (technicien).

Sensibiliser les gens à une concentration sur soi, l’humain, […], afin que l’individu comprenne que la richesse est avant tout intérieure, mentale, psychique (enseignant public).

Défiance à l’égard des Partis politiques, trop centrés sur leurs propres intérêts

À la question, quel courant ou organisation politiques vous paraîtraient à même de résoudre ou surmonter les principaux problèmes, une très grande majorité (63%) donne pour réponse « aucun », « je ne vois pas ».

Je ne vois aucun courant ou parti capable (ouvrier).

Il n’y en a pas, on se débrouille comme on peut, et voilà (agriculteur).

J’en vois aucun, on est dans la merde et on y reste (agriculteur).

Je ne connais personne qui aille dans ce sens [résoudre les problèmes] (ouvrier).

Le pourcentage de ceux qui n’imaginent pas qu’un courant politique soit à même de résoudre les problèmes est plus importante dans les sous-groupes agriculteurs, commerçants, artisans, cadres du privé, mais dans toutes les catégories cette incapacité des courants ou Partis est mentionnée. Une minorité importante ( 17%) souhaiterait une politique d’union entre les différents courants et partis afin de mieux affronter les difficultés communes. Dans le groupe de référence, ce sont parmi les ouvriers, les techniciens, du privé, les agriculteurs, les employés, que l’on trouve le plus de personnes souhaitant une union des forces, on n’en trouve pas mention parmi les enseignants et cadres du secteur public.

Aucun [courant], il faudrait un mélange de tous (agriculteur).

Il faut un rassemblement de tous les courants (agent de maîtrise).

Qu’ils fassent quelque chose ensemble, tous les courants politiques (ouvrier).

Faire un gouvernement d’union (employé).

Il faudrait peut-être prendre un peu de tous les courants et en constituer un neuf, qui ne veut pas dire utopique (employé).

Plusieurs rejettent l’idée de Parti, qui leur semble signifier un engagement dans des querelles au détriment d’une recherche de solutions concernant l’ensemble du pays.

Des personnes capables qui gouvernent sans parti politique et ne pas passer son temps à critiquer (employé).

Certains, notamment dans le secteur privé, souhaitent d’abord que la lucidité, le réalisme s’imposent, on insiste sur la nécessité de « garder les pieds sur terre », rester dans le domaine du possible.

Toute organisation politique doit garder les pieds sur terre, voir ce qu’il est possible de faire et non dire je ferais (commerçant).

Plus de lucidité (agriculteur).

Plus de réalisme, du concret (agriculteur).

Aucun courant politique, mais plutôt le bon sens qui limitera la casse (technicien).

Une telle prise de position peut coïncider avec une critique du Parti socialiste ou de François Hollande, que certains taxent « d’illusionniste », ou auquel on reproche de faire du « baratin », sans qu’il s’agisse pour autant de se prononcer en faveur de la droite. L’idée plus générale d’une désintégration des partis politiques est signalée. On parle de l’absence d’orientations capables de répondre aux problèmes concrets ou du fait que les partis ne représentent plus les préoccupations de la population :

Il y a quelques années peut-être, mais aujourd’hui, personne ne parle ni ne s’intéresse [aux problèmes qui nous concernent] (agriculteur).

Les organisations politiques sont trop loin des préoccupations des Français (employé public).

Les partis ne représentent plus la majorité des travailleurs, quelles que soient les tendances, la majorité n’est pas représentée (ouvrier).

Il peut être déploré que le Parti communiste ait perdu sa place, ne joue plus le rôle qui était le sien :

Il y en a eu et ça a échoué (employé).

Il y avait un PC , il y a longtemps (ouvrier).

Ne représentant plus les intérêts de la population, les différentes organisations, syndicales ou politiques, sont suspectées n’avoir d’autre souci que de défendre leurs propres intérêts, travailler d’abord pour eux-mêmes, leur chapelle :

Les syndicats sont tous au travail pour leurs propres postes, leurs gamelles, ils ne représentent plus personne (agriculteur).

Aucun courant, chacun des partis travaille pour lui même (technicien).

Que ce soit la gauche ou la droite, ils ne pensent qu’à se gaver et terminé ! ça n’a jamais changé (ouvrier).

Parmi ceux qui estiment que les différents courants ou Partis ne peuvent pas résoudre les problèmes, on mentionne le fait qu’ils sont tous soumis aux mêmes impératifs, aux contraintes de l’économie mondiale, de la recherche du profit et de la finance :

ça se joue maintenant au niveau international (employé).

Pas de projet politique à long terme, les banques détiennent trop de pouvoir (employé).

La France et les autres pays européens ne sont plus souverains et sont soumis à la finance (employé public).

Je ne pense pas qu’un quelconque courant politique puisse influencer la dictature économique du profit à court terme (enseignant public).

Les divers courants politiques, quelle que soit leur couleur, seraient de ce fait tous soumis à une même logique, à un même système :

Les organisations politiques actuelles et leurs dirigeants sont trop impliqués dans le système actuel (cadre secteur privé).

Les dirigeants politiques, tous partis confondus, sont sous l’emprise de la finance (technicien).

Des difficultés économiques objectives, notamment la crise, s’imposent quel que soit le courant politique :

La crise serait la même si notre gouvernement actuel était de gauche (employé public).

Le problème actuel est que l’économie française [va mal] depuis plusieurs décennies, et quel que soit le parti politique, il est confronté aux mêmes difficultés (commerçant).

Toute organisation politique aura une lourde charge avec l’économie actuelle (commerçant).

Je ne sais pas qui pourrait tenir les promesses qu’il fait (artisan).

“Choisir le moins pire, vu la situation”

Seulement 25% des personnes interrogées se prononce pour un ou plusieurs courants ou Partis, quelque fois avec l’idée de choisir “le moins pire” par rapport à la situation, ou celui qui ne fait pas trop de promesses impossibles à tenir :

Choisir le moins pire, vu la situation (artisan).

Il y en a qui sont pires que d’autres, je ne crois pas à ceux qui promettent la lune (ouvrier).

Parmi ceux qui citent un courant ou un Parti, plusieurs options sont le plus souvent exprimées par un même individu, le plus souvent sans enthousiasme excessif. Les choix sont assez bien répartis entre la gauche et la droite, bien que plusieurs personnes les renvoient dos à dos.

Pour la gauche, sont cités les différents Partis qui s’en réclament, avec un accent spécial porté sur l’extrême gauche, le Front de gauche (ou Mélenchon), « certains courants du Parti socialiste », le Parti communiste, mais aussi le Parti socialiste, la social-démocratie. On note aussi de rares mentions des Indignés et d’Attac.

Pour la droite, on cite « les courants de droite », l’ UMP, « les orientations du gouvernement [actuel] », le Front National, Marine Le Pen. Enfin, il faut noter que le “tabou” concernant l’affirmation ouverte d’une préférence pour Sarkozy est plus importante que celle concernant Marine Le Pen (on préfère parler du souhait de maintenir « les orientations actuelles », ou déplorer l’excès de ceux qui font de “l’anti sarko”, encouragés par « la presse qui fait que l’on entend que ceux qui sont contre »).

Le choix d’une couleur politique peut être posé négativement, que ce soit pour la droite ou la gauche.

Pas la droite :

Pas le gouvernement actuel, pas la droite (ouvrier).

Une période d’austérité est peut-être nécessaire pour remettre la France à flot, mais si on passe à droite, ce sont les travailleurs qui vont payer l’addition, alors pas la droite (ouvrier).

Pas la gauche :

Pas la gauche, les autres courants [hors UMP] ont toute liberté de promettre monts et merveilles (technicien).

Que la gauche ne passe pas (artisan).

Quelques-uns cependant affichent ouvertement une préférence. La préférence pour la droite, l’ UMP ou les « orientations actuelles » [du gouvernement] est plus fréquemment exposée par les employés, techniciens, agents de maîtrise, cadres, du privé, les commerçants et artisans. Elle est loin cependant d’être exclusive au sein de ces catégories.

La droite semble mieux armée, les personnes qui la composent […] sont les plus aptes à conduire le pays (artisan).

Le plus cohérent, le plus réaliste, le moins illusionniste serait l’UMP, sachant qu’il ne sera pas une solution à la crise (technicien).

Aujourd’hui, il y aurait l’UMP qui en partie s’attache à juguler la crise et s’intéresse à la relance de l’industrie (cadre secteur privé).

La préférence pour le président de la République actuel, Nicolas Sarkozy, n’est presque jamais directement affirmée, elle peut être associée aux orientations de l’UMP :

C’est l’UMP, par rapport à ce que j’ai entendu du dernier discours de Sarko, on peut être des gens de la base qui ont encore des idées réellement sociales, qui font moins d’anti Sarko (technicien).

On peut ne pas vouloir marquer ouvertement une préférence pour la droite ou le gouvernement actuel, et se contenter de suggérer qu’il vaudrait mieux « garder les mêmes »

Je ne vois pas d’autre courant pouvant mieux gérer cette crise (employé).

Je pense que le gouvernement en place actuellement devrait aboutir à une amélioration (employé).

Il y a les déficits énormes à résoudre, il faudrait plusieurs mandats pour arriver à éponger les dettes, pas de changements trop fréquents, ça empêche de résoudre (employé public).

La préférence déclarée pour le Front national ou Marine Le Pen, dont on ne sait s’il convient de les situer sur l’échiquier de droite, peut être proposée, sans véritable exposé des motifs, ou en relation avec le thème de la protection de l’emploi contre les étrangers.

Marine Le Pen pour serrer la ceinture aux autres pays, avec les problème des frontières et des étrangers qui ne trouvent pas de travail (ouvrier).

Même si l’on pense que Marine Le Pen propose des orientations valables, il est déploré que le Front National ne dispose pas d’une structuration politique suffisante pour prendre en mains les affaires du pays :

Le Front national, mais ils ne sont pas assez nombreux pour pouvoir diriger le pays (ouvrier).

La préférence pour la gauche ou pour un Parti de gauche est souvent peu argumentée, contrairement à ce qu’exposent les partisans déclarés de l’UMP. Elle est plus fréquemment exposée dans les rangs des cadres A de la fonction publique (moins parmi les employés), avec une option particulière pour le Front de gauche. La gauche, les partis de gauche, le vote socialiste, sont mentionnés, sans grand enthousiasme et sans penser qu’il en adviendra un changement fondamental :

Je vote socialiste aux prochaines élections, mais est-ce que réellement ils arriveront à faire quelque chose ? (ouvrier).

Je pense que les socialistes en parlent [de trouver des solutions], mais ils ne sont pas assez solides, ce n’est que des paroles (employé public).

Le choix de la gauche, sans autre précision, peut aussi révéler une certaine ambiguïté, puisqu’on lui attribue, contre les options gouvernementales, une capacité à restreindre l’apport d’étrangers.

On se portera sur la gauche, le gouvernement actuel est trop ouvert aux étrangers, on pense à la France, je pense à mon fils, on peut s’en sortir seul, on a assez de richesses (ouvrier).

Les ouvriers qui se prononcent pour un Parti, penchent soit pour les Partis de gauche, dont le PCF, soit pour Marine Le Pen. Toutefois, une majorité d’ouvriers, y compris militants syndicaux, n’attend pas plus de la gauche que de la droite. Il en est de même pour les agriculteurs qui estiment que les différents courants ne peuvent résoudre les problèmes qui se posent, sauf à unir leurs efforts. Quelques ouvriers pensent qu’il y a quelques années ou décennies, un parti tel que le PCF aurait pu jouer ou pourrait encore jouer un rôle positif.

Le PC, [pour] un gouvernement qui sache dire non au patronat, aux délocalisations, interdire les licenciements, qui aide les salariés à augmenter leur pouvoir d’achat (ouvrier).

Des ouvriers militants et des enseignants et cadres du public adhèrent semble-t-il avec un peu plus d’entrain, ou faute de mieux, aux orientations portées par les groupements d’extrême gauche, Front de gauche, Mélenchon, sans qu’ici aussi l’argumentation soit très développée, et qu’on en attende vraiment une transformation de la situation.

Plutôt une organisation politique de gauche, d’extrême gauche (enseignant public).

Le Parti de gauche qui pourrait éventuellement renverser la vapeur (ouvrier).

Le Front de gauche, mais les citoyens ne sont pas prêts (enseignant public).

Par défaut, le Front de gauche qui pourrait éventuellement pratiquer une politique redistributive (cadre secteur public).

Un courant plus structuré que les Indignés, avec des meneurs type Mélenchon (employé).

Un étudiant mentionne le « mouvement des indignés [qui] semble vouloir faire bouger et changer le système ». Un ouvrier syndicaliste évoque un “ailleurs” où pourraient être résolus une grande partie des problèmes :

ça existe mais pas en France, en Amérique du Sud Cuba, Venezuela, Chavez avec le pétrole, Fidel avec son peuple et l’embargo (ouvrier).

Lucidité et inquiétude à l’égard de l’avenir Une dernière question portait sur la relation entre perception des problèmes économiques et politiques, possibilité ou non de les surmonter par les propositions des divers courants politiques, et, projection dans l’avenir : « que peut-on dans ces conditions espérer pour l’avenir ? ». On ne développera pas l’analyse de cette question.

On peut toutefois remarquer, que compte tenu de la situation et du peu de confiance faite aux capacités des “politiques” de pouvoir résoudre les problèmes actuels, l’avenir ne se présente pas sous les meilleures couleurs.

ça va pas être brillant (technicien).

ça se dégradera, l’avenir n’est pas rose, un enfant qui naît, naît chômeur (agriculteur).

L’avenir proche très sombre, mais optimiste pour l’avenir plus lointain (enseignant public).

L’avenir n’est pas beau (ouvrier).

Parmi les réponses, plus de 10% estiment qu’on ne peut « rien espérer » pour l’avenir, ou « pas grand chose ». Pour un tiers il est envisagé une dégradation de la situation plutôt qu’un espoir de la voir s’améliorer. Le restant formule des vœux, des souhaits, pour la plupart très généraux et sans lien avec la situation concrète. Une minorité se centre sur de petites améliorations que l’on peut estimer entrer dans l’ordre du possible immédiat. Ceux qui espèrent de petites améliorations concrètes sont mieux représentés dans les sous-groupes agriculteurs, commerçants, artisans, techniciens. Les fonctionnaires sont les plus enclins à porter des espérances très générales et à ne pas envisager l’avenir sous des couleurs trop sombres.

Un fort sentiment d’inquiétude est exprimé par une importante minorité du groupe de référence : peur du chômage, du développement de la pauvreté, de la difficulté à se faire une place dans la société, surtout pour les jeunes. Selon certains, le pays pourrait dans un futur proche se trouver dans la même situation que d’autres pays européens particulièrement affectés par la crise et l’endettement. Il pourrait résulter de ces différents facteurs un climat d’insécurité, ou plus préoccupant encore, un chaos social, des guerres civiles, plus ou moins associées pour certains à la révolution, voire des guerres tout court. Ceux qui ont une vision très pessimiste de l’avenir peuvent en même temps formuler des vœux, sans grand rapport avec les conditions qu’ils viennent de décrire, l’espoir que ça s’arrange, qu’on puisse « avoir le meilleur ».

Parmi les sous-groupes qui envisagent l’avenir le moins radieux, on note les ouvriers et employés du privé, les militants (ouvriers notamment) étant aussi les plus nombreux à formuler dans le même temps des espoirs très généraux sur le changement de la situation.

Notes    (↵ Retourner au texte)

  1. 1. 83 personnes ont été consultées : 7 agriculteurs, 7 commerçants et artisans, 11 employés du privé, 21 ouvriers, 7 techniciens et agents de maîtrise, 6 cadres du privé, 8 employés du secteur public, 7 enseignants, 5 cadres secteur public, 4 étudiants.

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