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Face au chaos du monde, faire entendre la volonté des classes populaires. Rétablir les perspectives historiques d’émancipation du peuple

Après les attentats de janvier 2015, ceux de novembre ont mis en évidence le caractère double des réactions de la population à l’égard de ces événements. D’un côté, ils ont fait croître l’inquiétude et le trouble. De l’autre, ils ont montré que, dans leur majorité, les habitants de ce pays ont su faire preuve de sang froid et manifester, davantage encore qu’en janvier, une volonté d’unité face au péril commun. Ils ont aussi réveillé le besoin de comprendre plus largement les données de la situation. Ces attitudes vont à l’encontre des visées poursuivies par les instigateurs de ces actes meurtriers : susciter la terreur dans le but d’obnubiler la conscience, de paralyser la vie de la nation, la rendre vulnérable en divisant la population en camps ennemis.

Pour que l’attitude de maîtrise relative de ces événements, et de ceux qui peuvent advenir, puisse se maintenir dans la durée, il importe de saisir leurs déterminations, leur pourquoi. Pour cela, il convient de les situer au regard de processus plus généraux en cours, en France et dans le monde. Dans le numéro 11 de mars 2015 « Travailler à comprendre le sens des événements de janvier 2015 », Germinal s’efforçait déjà en fonction d’un tel objectif de questionner les données générales de la situation, au-delà des faits immédiats. Dès avant les attaques terroristes, dans le numéro 10 d’octobre 2014, nous avions fait état des inquiétudes qui se manifestaient au sein des classes populaires. Ces inquiétudes ne paraissaient pas ressortir seulement des difficultés subies au quotidien, elles reposaient aussi sur la perception d’un désordre général, non maîtrisé, dans le pays et dans le monde. À ce désordre du monde correspondait une confusion dans les idées, la perte des repères qui permettent de faire face à la situation par la saisie de ses causes, ses raisons profondes. La nécessité se trouvait posée d’une reconstitution de ces repères pour que les classes populaires puissent se réorganiser.

« Aucune bataille contre la régression, la guerre, la barbarie, était-il écrit, ne pourra être remportée, sans la force et l’organisation du peuple ».

Dans le numéro de mars 2015, ce propos était réaffirmé : « Seul le peuple uni, réorganisé, peut faire échec à la régression, la barbarie, la guerre ». La nécessité de travailler à comprendre les caractères généraux de la période historique, les déterminations essentielles des événements se présentait comme essentielle pour que les classes populaires se révèlent à même de maîtriser leur devenir. Germinal enjoignait aussi à ne pas confondre ce qui domine à un moment de l’histoire, la régression, la barbarie, et ce qui peut se développer dans l’avenir, le “possible historique” que peuvent et doivent porter les classes populaires.

Le présent numéro, rédigé pour partie avant les attentats de novembre 2015, développe cette même orientation, la nécessité de se ressaisir d’un sens général de l’histoire.

Si, après ceux de janvier, la survenue des attentats de novembre 2015 pouvait être anticipée, beaucoup cependant espéraient pouvoir encore les conjurer ou en repousser le plus possible l’échéance. Même si de tels événements n’étaient pas intervenus, chacun cependant percevait que, depuis plusieurs années, le monde partout se présentait comme un chaos, chaos rendu manifeste par la crise générale du capitalisme, la régression sociale et politique, les guerres, la réactivation de formes barbares de combat. Les attentats de novembre en France n’ont fait que réactiver cette perception. Il reste qu’il n’est pas facile de parvenir, au-delà de l’immédiat, à saisir les relations que ces événements entretiennent avec d’autres données de la conjoncture, nationale et mondiale, leur signification et les raisons de ce chaos global.

Dans cet état d’ignorance relative et le climat d’inquiétude qui l’accompagne, des questions sans réponse se superposent, elles concernent le présent mais aussi ce qui peut arriver dans les années qui viennent, et à plus long terme dans l’histoire. On pourrait espérer que ceux qui nous gouvernent dans les sommets de la société soient à même de nous orienter, pour le présent et le futur. Dans la situation actuelle, même s’ils ont su faire face et prendre des mesures nécessaires dans l’urgence, il n’est pas sûr qu’ils détiennent les clés d’une maîtrise globale des événements pour le futur. Du côté des “gouvernés”, des classes populaires, on doit aussi constater que celles-ci n’ont plus les moyens d’exprimer une volonté commune, pour agir sur le présent et l’avenir de la société. Ce qui fait défaut ne réside pas dans un manque de détermination des individus, mais dans la difficulté de comprendre la situation historique dans son ensemble, au manque d’orientation, d’organisation générale, de perspectives pour l’avenir. Comme si la volonté, comme le pouvoir du peuple, se trouvaient de ce fait exclus du droit de cité. C’est en raison de ce vide, vide d’orientation, vide de perspectives, qui ont conduit au dépérissement de la capacité d’initiative historique des classes populaires, que l’état de chaos a pu, année après année, s’imposer et se développer dans le monde.

Comme ce fut le cas lors de précédentes périodes de chaos, la nécessité s’impose d’une reconstitution de cette capacité d’initiative historique des classes populaires, pour elles-mêmes et pour toute la société. Cette nécessité ne se pose pas comme un rêve utopique, elle relève de l’ordre d’un possible d’ordre historique.

Attentats de janvier et novembre 2015
Se poser la question des enjeux d’ordre historique

Dans leur perception immédiate, les attentats de janvier et novembre 2015 se présentent en tant que phénomènes dont on ne saisit pas d’emblée les causes et enjeux déterminants. Ceux-ci en effet ne se donnent pas à voir directement dans les faits, et pas davantage dans les discours que l’on tient autour de ces faits. Certes, même en l’absence d’une claire compréhension de ces causes et des enjeux, on peut se révéler capable de faire face aux événements dans le moment. La population dans son ensemble a fait preuve d’une telle capacité, de même que les instances publiques (police, armée, renseignement, services de santé, et même gouvernement). À plus long terme cependant, on peut se trouver démuni, et pour partie impuissant face à la survenue d’autres événements du même type ou d’un autre, faute de pouvoir les affronter en pleine “connaissance de cause”. Le Président de la République a parlé “d’éradiquer” le terrorisme en France et dans les lieux où l’on présume qu’il se trouve conçu et programmé. Mais le peut-il vraiment ? Le sens du mot éradiquer signifie en effet prendre les choses, les phénomènes, à la racine, agir sur leurs déterminations profondes. Si ces déterminations ne sont pas clairement comprises, on peut certes parvenir ponctuellement à combattre l’une ou l’autre de leurs manifestations, non à en “éradiquer” les causes.

Dans le précédent numéro de Germinal, il était noté que les objectifs immédiats des attentats (objectifs tactiques plutôt que stratégiques), visaient, sous couvert de religion, à susciter le trouble et la division au sein de l’ensemble de la nation. Certains des instigateurs de ces actes avaient eux-mêmes définis leurs objectifs ainsi. On peut constater que, pour l’heure, ces objectifs n’ont pas été atteints. Si cela révèle la faiblesse de la pensée stratégique de ceux qui ont incité à l’assassinat de populations civiles (hors tout principe d’une guerre de combattants à combattants), il importe qu’une pensée stratégique cohérente puisse leur être opposée. Ce qui requiert de s’interroger sur les causes, le pourquoi de cette série d’attaques, en France mais aussi dans nombre de pays du monde.

Si la plupart des politiques et des spécialistes se sont révélés capables de cerner les données factuelles immédiates, peu sont parvenus à analyser les déterminations et enjeux plus généraux qui les sous-tendent et qui se présentent comme autant de points aveugles. Sans que les rédacteurs de Germinal prétendent faire toute la lumière sur ces points aveugles, ils se donnent pour tâche la formulation de questions essentielles touchant au contexte historique d’ensemble. Dans ce cadre, les événements récents se présentent comme symptômes et manifestations d’un désordre mondial plus général dont il importe de saisir les ressorts fondamentaux. Ceux-ci se posent en relation avec la mêlée confuse qui se déploie depuis quelques décennies entre puissances du globe, petites, moyennes et grandes, modernes ou archaïques, pour défendre ou repartager des espaces, des richesses, des zones d’influence 1, mêlée qui va de pair avec le processus de déconstitution d’entités étatiques ou proto-étatiques.

On aurait pu penser qu’après les attentats de janvier, le travail d’analyse et de réflexion sur ces ressorts et sur ces causes aurait sensiblement progressé. Il semble qu’il n’en soit rien. Comme il en était le cas en janvier, un seul principe explicatif se trouve le plus souvent mobilisé, sans contextualisation. Même parmi ceux qui admettaient ne pas disposer de cadre d’interprétation cohérent et qui se proposaient d’y remédier, ce sont toujours les vieux “logiciels” sur lesquels ils avaient bâti leur notoriété, qui se trouvent sollicités, sans qu’aucun principe éclairant la situation ne puisse être dégagé 2. Nul ne semble se soucier de porter attention à l’ensemble coordonné de déterminations concrètes qui permettrait de rendre compte de la situation concrète dans une conjoncture historique donnée.

Le principe explicatif le plus répandu, parfois hors des lieux et du temps, consiste à conférer un rôle primordial aux systèmes d’idées, dans ce cas précis à une religion (parfois même à la Religion). La focalisation sur le facteur “Islam” qui avait déjà été portée à son comble en janvier, se substitue au travail d’analyse des conflits majeurs aujourd’hui en cours en France et dans le monde. Dans ce cadre, on prend pour “argent comptant” les discours, les motivations, apparentes ou non, des exécutants des attentats ou de leurs instigateurs, sans se soucier des enjeux terrestres sous-jacents 3. Ainsi Marcel Gauchet, dans l’article du Monde cité, peut glisser de l’idée que les « tueurs » agissent « au nom de l’islamisme » à l’idée que « nous avons affaire » quant au fond « à un phénomène religieux ». Il prétend par là s’opposer à ceux qui font état des seules causes économiques et sociales, censées elles aussi constituer le facteur explicatif du comportement des terroristes. Dans la mesure où il isole lui-même un facteur causal, d’ordre “sacré” ou “spirituel”, Marcel Gauchet ne semble pas saisir que les déterminations proprement “matérielles” des actes terroristes, déterminations qu’il récuse, ne se limitent pas aux conditions de vie ou aux “profils sociaux” des “radicalisés”, mais qu’elles concernent des enjeux beaucoup plus larges caractérisant toute une période historique, notamment questions de rivalité et de repartage entre groupements humains et puissances, pour l’accès aux richesses, aux territoires, aux instances de pouvoir.

Il ne s’agit pas ici de nier le rôle propre des idées, religieuses ou non, mais de considérer qu’elles n’ont pas de puissance autonome. Les systèmes d’idées, qu’ils servent à représenter les données de la réalité du monde ou des intentions ou aspirations humaines, sont toujours les fruits d’une élaboration humaine, et toujours mobilisés par des groupements humains. Ces systèmes d’idées peuvent jouer un rôle incitateur, mobilisateur, organisateur, dans certains cas producteur de fanatisme. On ne peut poser le facteur idéel (religieux ou non) comme facteur premier, et pas davantage hors de ses conditions historiques de formation et de diffusion, toujours en relation avec des enjeux terrestres. Les actes terroristes ne sont pas seulement le fruit de croyances religieuses ou autres systèmes d’idées, ils recouvrent des enjeux matériels généraux 4. En outre, on doit considérer que certains systèmes d’idées délétères, comme certaines prescriptions religieuses ou pseudo religieuses, ne trouvent à s’imposer qu’à certaines périodes de l’histoire et/ou au sein de modes de groupement humain où fait défaut le lien politique (ou encore lorsque ce lien se trouve en voie de déconstitution).

Comme le souligne Georges Korm 5 à propos de la surenchère religieuse qui se déploie au Moyen-Orient : « Nous sommes dans l’ère de recours au religieux poursuivant des buts de puissance profane », non d’un « retour au religieux ».

La mise au premier plan du facteur religieux, en l’occurrence un “Islam” essentialisé, dont on ne sait pas très bien ce qu’il recouvre, conduit à masquer ces enjeux profanes, tout en contribuant à assigner des individus, des groupements humains, à des identités figées. Qu’il s’agisse de pourfendre ou de glorifier “l’Islam” (ou les musulmans), dans les deux cas, on met en avant un facteur de division, celui d’un combat entre identités concurrentes, contre le principe de l’unité d’ordre politique de la nation 6.

 

Tous les commentateurs, il faut le reconnaître, ne se focalisent pas sur le facteur religieux. Il en est, qui, en vertu d’un matérialisme un peu court, mettent au premier plan le capitalisme ou l’impérialisme (sans omettre le “colonialisme” ou le “post-colonialisme”). Que les contradictions insolubles du régime capitaliste, à son stade impérialiste, ne soient pas étrangères à l’état de chaos dans le monde et surtout à son extension générale, il est difficile de le contester si l’on prend en considération l’antagonisme fondamental qui régit ce mode de production et d’échange. Doit-on pour autant négliger d’autres facteurs de conflit, de guerre, de chaos, préexistant au capitalisme, que celui-ci ne fait que potentialiser et mettre en mouvement en plusieurs régions du monde.

Le plus souvent ceux qui mettent en avant les facteurs capitalisme ou impérialisme, en tant que causes du désordre actuel, et plus spécialement des attentats en France, ne ciblent qu’un seul “camp”. C’est dire que pour eux, le mot d’impérialisme n’est pas compris comme un stade du capitalisme marqué de façon essentielle par la rivalité entre plusieurs puissances impérialistes, il sert à désigner une unique puissance, les USA, et ses supposés vassaux en Europe et au Moyen-Orient (plus spécialement le Qatar et l’Arabie Saoudite). Sur la base de cette pseudo caractérisation de l’impérialisme moderne, on ne peut éclairer le sens de la mêlée confuse en cours, mêlée confuse au sein de laquelle s’allient et s’opposent de façon instable, différents “camps” : puissances mondiales, régionales et locales, États modernes, entités hybrides et groupement tribaux ou féodaux plus ou moins relookés, mêlée confuse, qui, une nouvelle fois tend à déconstituer le monde civilisé et à briser la lutte historique des peuples pour leur émancipation.

Dans un prochain numéro de Germinal, on s’efforcera de donner quelques éléments qui permettent, en perspective historique, d’éclairer quelque peu la nature et les enjeux de cette mêlée confuse.

1. Pour ceux qui ne se situent pas au seul plan de l’immédiat, on constate que de tels éléments de trouble ne sont pas sans faire écho à la situation de l’avant Première Guerre mondiale, ses prodromes. Comme alors, dans une conjoncture de crise générale du capitalisme, les rivalités entre grandes, moyennes et petites puissances, modernes ou archaïques se manifestaient déjà à la périphérie des grandes métropoles capitalistes, sur de mêmes lieux géographiques qu’aujourd’hui, notamment Moyen et Proche Orient (n’oublions pas que dans cette région du monde, la question du Califat, du panislamisme, du djihad était alors centrale). De la même façon, nombre de combats ne prenaient pas alors la forme de luttes entre classes sociales, mais de conflits se fondant sur des questions “ethniques” ou “religieuses”, du moins en apparence.

2. n peut comparer à cet égard les propos de Marcel Gauchet, tenus dans le Point, le 5 février 2015, et ceux qu’ils développe dans le Monde du 22-23 novembre.

3. Faut-il rappeler qu’au sein de l’Empire ottoman, les dirigeants turcs qui se réclamaient du principe de laïcité, ne furent pas les derniers à prôner le panislamisme et le djihad contre les puissances occidentales, mais aussi à tenter d’écraser au nom de ce combat les aspirations nationalistes des populations arabes, à pratiquer le massacre des chrétiens en Arménie et dans d’autres possessions impériales (Syrie notamment). Voir Donald M. Mckale, « Le djihad au cœur des inquiétudes britanniques dans le monde musulman. » L’Orient en guerre (1914-1918).

4. Les attentats anarchistes à la fin du xixe siècle pouvaient, en fonction d’enjeux matériels, se revendiquer de systèmes d’idées profanes, voire anti-religieux. Et que dire des attentats, perpétrés par l’OAS, la Bande à Baader, l’ETA, les “brigades rouges”, les divers mouvements “autonomes”, les menées des extrémistes d’extrême droite, notamment en Italie, etc.

5. Georges Korm, ancien ministre des finances du Liban, « Les mille et une vies de la culture arabe », Marianne, 19-25 juin 2015.

6. Il est vrai que les assignations religieuses se sont affinées, on parle davantage maintenant de l’opposition entre pays sunnites et chiites, on établit avec plus de finesse des nuances théologico-culturelles. Et, selon le camp au sein duquel on se situe, on estime que l’Islam de l’un de ces courants est pire que celui de l’autre, comme si la nature des oppositions relevait seulement de systèmes d’idées, et non de la rivalité de groupements humains pour des enjeux matériels pratiques.

ANNEXE — Quelques indices sur la situation de “paix” dans le monde.

Bien que des processus de régression soient en cours en France, on doit admettre que ce pays n’est pas pour l’instant le plus mal loti. Il n’en demeure pas moins qu’une tendance générale à la désorganisation, à la discorde, à la guerre, au retour à des formes barbares de lutte se développe dans le monde. Depuis les années 80 du siècle denier, la progression vers un état de paix s’est altéré dans l’ensemble du monde, avec une accélération depuis la crise de 2008. Selon un index, sans doute exagéré de l’état des conflits dans le monde, seulement onze pays en 2014 pouvaient être considérés comme n’étant pas en conflit ou en guerre, qu’il s’agisse de conflits territoriaux, de conflits internes (“ethniques”, “religieux”), de la décomposition d’États, de conflits et guerres externes, d’interventions extérieures, etc. Vingt-huit conflits ou guerres ouvertes impliquant cinquante-sept pays étaient en cours en 2014, et la situation s’est dégradée dans 111 pays. On compterait 32600 victimes d’attentats dans le monde, avec une progression de 180% en un an. 160 pays seraient touchés. Pour l’année 2015, le bilan n’est pas encore établi.

Si l’on se réfère à l’année qui vient de s’écouler, en s’intéressant aux seuls conflits dont la presse s’est fait l’écho, on peut relever, outre la montée en puissance de menées guerrières en Syrie et en Irak par le présumé “État islamique”, des combats meurtriers au Yémen, en Somalie, au Mali, en Centrafrique, au Darfour, en Afghanistan, des attentats et tueries en Birmanie, au Tchad, au Nigeria, au Pakistan, etc. Sans même parler de ce qui est plus proche de nous, la guerre en Ukraine, les attentats en France, en Belgique, au Danemark.

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