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Dans l’obscurité, malgré tout une lueur. Maxime Gorki, la Mère.

L’histoire relatée par Gorki dans la Mère se déroule en Russie dans une petite ville industrielle avant la révolution d’Octobre 1917. La vie y est décrite sans artifice. les hommes travaillent à l’usine dans des conditions difficiles, les femmes sont à la maison pour s’occuper du foyer. Pour distraction, les hommes n’ont que bagarres et alcool au cabaret, les femmes encaissent injures et coups de leurs maris quand ils rentrent saouls à la maison. La vie semble se dérouler comme les saisons dans une sorte de déterminisme absolu.

C’est la Russie tsariste, où l’autorité est rude comme l’est l’oppression des travailleurs. Le seul salut pour le peuple, harassé et affamé, semble être la mort. La religion est d’un maigre secours, une perspective obscure pour tenir, baliser le chemin long et escarpé qui conduit au repos éternel.

Gorki nous pose cette question : « Que faire face à une telle infortune ? ». Subir la vie comme une fatalité, si amère soit-elle, ou tenter de reprendre en main l’existence, pour ne pas seulement survivre, mais « pour vivre comme des êtres dignes de vivre ». Pour Gorki, l’homme a le pouvoir, mais aussi le devoir de se poser cette question :

« Nous devons montrer à ceux qui nous tiennent à la gorge et qui nous bouchent les yeux que nous voyons tout, que nous ne sommes pas des idiots ni des brutes, que ce n’est pas seulement manger que nous voulons, mais vivre… »

L’humain et le politique

La mère est un récit combatif, il parle de changement nécessaire de la société, de révolution. la question de la préparation politique pour une révolution socialiste est posée au travers du rapport entre la mère et son fils. Il faut « toucher le cœur et la tête ».

Toucher le cœur en donnant à voir l’amour maternel, amour instinctif qui se transforme peu à peu en amour volontaire et réfléchi, envers son fils et ses camarades de lutte. L’amour de la vie, l’amour du peuple pour son pays se développe sur cette base. Toucher la tête en donnant un contenu à la lutte du peuple. Gorki restitue tout à la fois les conditions de vie du peuple et le rôle éminent qu’il joue dans la production des richesses pour toute la société :

« Nous sommes [le peuple] les premiers au travail et les derniers dans la vie. »

« Le travail est important mais au service de ceux qui dominent. »

« Combien lourde est la machine de la vie qui broyait sans pitié les hommes partout pour faire de l’argent. »

Quelle place le peuple doit-il occuper dans la société, dans l’histoire : simple force nourricière ou principe moteur et directeur dans l’histoire ? Qui doit orienter la marche d’ensemble de la société : Ceux qui travaillent ou ceux qui exploitent, oppriment ?

Pour que le peuple ne puisse pas assumer son rôle dans l’histoire, il est maintenu volontairement dans l’inconscience, par l’exploitation, la violence, la tromperie. Les livres politiques sont interdits. On condamne ceux qui instruisent les autres, ceux qui disent « toute la vérité et tout le mensonge ». Mais, dit Gorki, « les hommes ne sont pas responsables de leur bassesse », et ceux qui sont encore dans l’inconscience, ceux qui travaillent et sont dépossédés des richesses qu’ils produisent, nourrissent un sentiment sourd de révolte contre l’injustice. C’est sur ce sentiment d’injustice que l’auteur s’appuie pour mettre en scène ses personnages et dégager les conditions d’élévation de la conscience du peuple. Ainsi le peuple pourra-t-il un jour se lever comme un seul homme, résoudre les contradictions du régime ancien, faire advenir « l’homme nouveau », et un nouveau régime social : le socialisme.

Comprendre pour s’orienter

Pour comprendre les conditions de la lutte et son but, il faut s’instruire. Les personnages de la Mère, jeunes ou vieux, s’émancipent par la lecture, l’écriture, la diffusion des idées. L’analphabétisme est très répandu en Russie à cette époque. Gorki insiste sur le fait qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre, que tout passe par l’instruction. Lénine dira un peu plus tard qu’on ne peut pas parler de politique si le peuple n’est pas instruit. Le peuple ne peut trouver la voie de l’émancipation s’il ne la cherche pas par lui-même, pour lui-même.

« Le peuple n’a d’autre espoir que lui-même, il n’y a point de raison que la sienne […] Personne ne nous aidera si ne nous aidons pas nous-mêmes. »

La lutte politique commence par la conscience de soi du peuple qui va de pair avec la conscience des conditions de la transformation du monde. Dans le livre, les personnages distribuent dans l’usine où ils travaillent des feuillets éveillant cette conscience. Ils éditent et diffusent un journal auprès des milieux populaires des villes et des campagnes. Le jour, ils partent à pied sur de longues routes froides, la nuit, ils sont heureux de se retrouver le cœur chaud autour d’un samovar. Ils rencontrent des personnages réservés ou exubérants, aux traits durs mais aux cœurs gros comme ça, souvent peu démonstratifs, mais sur lesquels on peut compter. Les extrêmes se mêlent pour faire apparaître le caractère et la vie de gens simples et déterminés. Au travers de la diversité des situations se dessine progressivement le fondement de leur unité.

Aujourd’hui encore, la Mère donne sens à la marche historique des classes populaires, aux peuples de tous les pays. Un “roman boussole” qui aide à ressaisir des perspectives, une orientation dans l’histoire quand tout semble anéanti. C’est une bouffée d’espoir face au chaos du monde qui s’impose aujourd’hui à nous. Même si les conditions ont changé, la ligne directrice dressée par Gorki est plus que jamais à l’ordre du jour : apprendre et apprendre aux autres, s’instruire pour comprendre les conditions de la lutte, s’unir au regard du but que l’on peut et doit s’assigner. Le chemin sera long, difficile, il n’est pas impossible. Le peuple peut et doit reprendre l’initiative.

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