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Correspondance : Il ne suffit pas de parler de lutte des classes pour être du côté des travailleurs

J’ai déniché par hasard un vieux livre, paru en 1938, et réédité en 1993, Au-delà du nationalisme, de Thierry Maulnier. Le titre ne m’inspirait pas particulièrement, mais en feuilletant les pages, j’ai constaté qu’il était souvent question de « lutte des classes ».

Bon, me suis-je dit, cela peut être intéressant. Déjà le titre du premier chapitre annonçait la tonalité du livre «  Le fait de la lutte des classes ». Pour l’auteur, la lutte des classes se présente comme un fait, et sa cause désignée est le régime « libéral-capitaliste ».

« Ainsi, par un étrange renversement de l’ordre naturel des choses, on attribue à la doctrine dont le prolétariat s’est armé pour faire front dans la lutte économique, la responsabilité même de cette lutte, et les défenseurs du régime libéral-capitaliste en sont venus à reprocher au socialisme la lutte des classes, comme si c’était le socialisme et non le régime libéral-capitaliste, qui l’avait créé. »

Tout cela n’est pas mal vu, pouvait-on penser. L’auteur poursuivait en ces termes : ceux qui opposent à la lutte des classes la réconciliation des classes se livrent à un « pur bavardage ». C’est le « néant ». La seule façon de mettre fin à la lutte des classes passe par la nécessaire transformation de la structure sociale. Et d’enfoncer le clou : « Toute négation idéaliste, toute solution sentimentale des antagonismes de classe sont hypocrisie, ou aveuglement ».

La force des idées marxistes, me suis-je dit devait alors être importante pour obliger des auteurs, rien moins que progressistes comme Thierry Maulnier, à s’en inspirer, au moins par les mots.

Dans le deuxième chapitre, intitulé « La lutte des classes, cas particulier des antagonismes sociaux ». Thierry Maulnier indiquait que « l’inégalité et la lutte des classes ne peuvent naître que de l’inégalité des conditions de travail ».

Quelques pages plus loin, il évoquait en ces termes le régime « libéral-capitaliste » : « La concurrence capitaliste, les batailles pour la conquête des marchés, la lutte entre l’organisation capitaliste du profit et le mouvement des revendications ouvrières […], la guerre économique des classes s’est déchaînée et persiste avec une intensité extraordinaire ; la concentration capitaliste a eu lieu et n’est peut-être pas achevée ».

Bon, je savais que les fascistes avaient à l’époque utilisé le thème anti-capitaliste, pour tenter de tromper les ouvriers, mais là tout de même, cela sonnait juste, l’auteur finalement s’était peut-être converti au communisme !
Bien d’autres extraits étaient tout aussi engageants.

Le but toutefois, en choisissant ces quelques citations, n’est pas de donner à voir le contenu complet du livre, mais de signaler un piège : tous ceux qui parlent de « lutte des classes » ne visent pas forcément à défendre les intérêts populaires.

Et tel n’était pas d’ailleurs l’objectif de l’auteur, Thierry Maulnier, édité dans la collection « Les grands classiques de l’homme de Droite », dirigée par Alain de Benoist. Dans une préface, Paul Sérant nous apprend d’ailleurs que Thierry Maulnier (1909-1988) a joué un rôle très actif en 1930 au sein du journal L’étudiant français, journal qui se situait dans la mouvance de l’Action française, mouvement d’extrême droite, dirigé par Maurras. Maulnier était alors militant d’extrême-droite. Il a écrit en 1938, Au-delà du nationalisme, plaidoyer pour la dissolution de la souveraineté des nations.

Dans ce texte, Thierry Maulnier use aussi du mot « révolution », et Maurras ira jusqu’à lui reprocher un « anticapitalisme » trop virulent. Toujours dans sa préface, Paul Sérant rappelle que « l’anticapitalisme » le plus déterminé ne constitue pas un phénomène nouveau dans les mouvances de droite, il était déjà professé au xixe siècle, notamment par le marquis de la Tour du Pin.

Révolution, lutte des classes, anticapitalisme, à l’aide de formules qui de prime abord peuvent sembler “très à gauche”, des militants de l’extrême droite française (comme d’ailleurs des mouvements fascistes dans d’autres pays), ont tenté de rallier à leur cause des fractions de classes populaires, menacées dans leur existence. L’histoire a montré que ce n’était pas pour défendre vraiment les intérêts des travailleurs.

Ne dénions pas pour autant la valeur des notions de « lutte des classes », de « révolution », mais apprenons à démasquer les faussaires, en restituant leur véritable sens.

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