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Fascisme et processus de fascisation

Lors d’une réunion publique organisée par Germinal, une critique a été formulée à propos d’articles qui mettaient l’accent sur les dangers politiques que peuvent déterminer les grandes crises capitalistes, du type de celle de 1929, plus spécialement la possibilité d’être entraînés dans un processus de fascisation. Il ne semblait pas pour les militants qui formulaient cette critique, et posaient  une équivalence entre fascisme et processus de fascisation, que de tels dangers soient vraiment à l’ordre du jour. Il importe à cet égard de distinguer entre fascisme et processus de fascisation.

Le fascisme, en tant que régime, parmi d’autres traits qu’on ne peut développer ici [1], détruit les institutions républicaines et les organisations de classes, par répression directe ou en les subvertissant de l’intérieur.

Le processus de fascisation, qui aboutit ou non à un régime fasciste, est à considérer comme un processus historique objectif, non fatal, mais dans l’ordre du possible. Ce processus ne résulte pas d’abord de l’intention délibérée d’un parti ou d’un gouvernement, ou d’une décision du Capital : « je vais instaurer un régime fasciste ». C’est une tendance qui se développe en relation avec des conditions objectives : crise générale, aggravation des contradictions entre classes et entre puissances, mise à nu de la contradiction fondamentale du capitalisme, désorganisation politique qui accentue la tendance au déploiement du combat de tous contre tous se substituant à la lutte historique de classe.

Faute d’une orientation commune, diverses catégories sociales, qui ne cherchent nullement une issue dans une transformation d’ensemble de la société, peuvent se laisser entraîner dans le processus de fascisation, dans l’espoir de sauver leur mise.

Du côté des pouvoirs en place, les classes liées au capitalisme, ne parviennent plus à régner avec les formes politiques des périodes ascendantes, et la classe ouvrière n’est pas, ou plus, en situation d’entraîner les autres classes populaires vers une transformation de la société, elle ne parvient pas non plus à les unir dans une lutte cohérente contre les dangers de fascisation.

Quant aux classes intermédiaires, notamment petite ou moyenne bourgeoisie d’Etat, elles ne peuvent durablement orienter le mouvement d’ensemble, ni pour le socialisme (qui ne correspond pas à leurs intérêts immédiats), ni pour une dénonciation cohérente des diverses formes de séduction que peut arborer le procès de fascisation, du fait qu’elles ne comprennent pas la nature de ce procès. Elles peuvent ainsi contribuer à désorienter, désorganiser les formations de classe et les organisations républicaines, notamment par leur propension à mettre au premier plan tout ce qui favorise le catégoriel, le local, la diversité, contre ce qui est capable d’unifier le mouvement d’ensemble des classes populaires.

Les processus de fascisation se trouvent ainsi facilités par la décomposition des institutions républicaines et des organisations politiques de la classe ouvrière, et plus encore, en raison de la désorientation générale, de l’abaissement de la conscience politique. On peut malheureusement constater qu’un tel processus de désorganisation et de désorientation, est déjà bien avancé.

Des groupements de forces (quelle que soit leur couleur, de droite ou de gauche) peuvent alors librement spéculer sur les mécontentements, proposer des solutions imaginaires, qui paraissent à même de répondre aux souhaits de diverses catégories, lors mêmes qu’ils se révèlent contradictoires.

Sans être fatal, c’est sur la base de telles conditions que peut se développer le passage à un régime fasciste, en sachant bien que celui-ci en général ne s’annonce pas comme tel. Lorsqu’un tel régime s’impose, la destruction du cadre républicain et des organisations de classe, ne s’effectue plus seulement par la subversion interne, les flatteries, la séduction, mais de façon plus ou moins coercitive ou violente. La voie s’est trouvée frayée par les processus antérieurs de désorganisation et de désorientation, et il est en général trop tard pour faire machine arrière.

Notes    (↵ Retourner au texte)

  1. 1. Voir Germinal n°6