Note sur le conflit Israël / Palestine
Dans son ouvrage L’affolement du monde, Thomas Gomart fait état des conflits et guerres qui se manifestent sur tous les continents. “Nous naviguons désormais par gros temps”, écrit-il, avec partout de “nouveaux déchaînements de violence incontrôlables”. Dans une telle conjoncture, il s’avère plus que jamais difficile de “s’élever à la compréhension de l’ensemble du mouvement historique”, comme le requérait Marx. Dans l’état de perte de tout repère cohérent permettant de les situer, on peut moins que jamais rendre compte de tous ces conflits, encore moins les éclairer dans leurs mobiles internes et leurs rapports externes. Parmi ces conflits et ces guerres, Germinal avait envisagé de traiter dans son contexte historique le conflit aujourd’hui largement médiatisé entre Israël et Palestine. Les derniers épisodes de cette guerre ont donné lieu à de nombreux commentaires et à des manifestations en France, ils n’éclairent en rien les événements actuels, leurs tenants et aboutissants, leurs enjeux immédiats et lointains, régionaux et mondiaux. Bien au contraire, beaucoup de ces commentaires et gesticulations se présentent comme simples instrumentalisations des données immédiates du conflit, avec des prises de parti aveugles, submergeant toute possibilité raisonnée de saisir la complexité de la situation, ses enjeux immédiats et à venir.
« C’est une évidence, la guerre entre Israël et le Hamas n’a pas commencé le 7 octobre. Seule l’histoire, le temps, peut nous permettre de donner du sens à des événements qui, en apparence, n’en ont aucun. Et l’enjeu est capital. Dans nos rues et sur les réseaux sociaux, le confusionnisme et l’anachronisme règnent. Les passions font le lit des préjugés destructeurs. En l’absence de sens, l’émotion prend le relais, et dans ces situations, l’émotion est un dangereux carburant. » [11]
Dans le souci de contribuer à “donner sens” à l’événement immédiat, alors que celui-ci “en apparence n’en a aucun”, comme l’écrit Thomas Snégaroff, Germinal se proposait d’éclairer l’arrière-fond du conflit au moyen d’éléments de chronologie, à défaut de pouvoir en proposer une analyse historique pleinement construite. À l’usage, cela s’est révélé problématique, toute chronologie se révélant dans la conjoncture politique du moment [confusionnisme instrumentalisé], comme prise de parti pour l’un ou l’autre des protagonistes. Pour les lecteurs qui se préoccupent de situer si peu que ce soit cet événement dans son contexte, on se limitera en conséquence à signaler quelques textes et ouvrages, qui aident à restituer la guerre actuelle dans une périodisation plus large, sinon de façon en tous points “objective”, du moins en la posant en relation avec son objet, et non en fonction de prises de positions idéologiquement et politiquement pré-déterminées. Parmi les textes à prendre en compte, on retiendra (liste non limitative) :
—Thomas Snégaroff, Vincent Lemire, Israël/Palestine. Anatomie d’un Conflit. Sans prétendre à l’objectivité absolue, cet ouvrage se propose de fournir “des outils pour éclairer le citoyen dans un monde assombri”. Avec modestie, ainsi que l’indique le sous-titre, les auteurs se centrent sur ce qu’ils nomment une “anatomie” du conflit, non sa “physiologie”. Leur travail n’en est pas moins à considérer comme une œuvre d’historiens, s’efforçant de rendre compte au-delà des faits d’une certaine “épaisseur” de l’histoire, ceci au moyen d’une démarche qui permet de relier entre eux les événements, leurs enchaînements, leurs raisons. Accompagné de nombreux repères chronologiques, cartes, glossaire, textes historiques, biographies des protagonistes des deux camps, le livre s’ordonne autour de six chapitres, chacun inauguré par une date : 1897, l’Utopie sioniste ; 1917, Les promesses trahies ; 1947, Un partage et une colère ; 1967, Le temps des guerres ; 1987, Soulèvements et négociations ; 2007, Vers le chaos.
— Fiche Wikipedia, Plan de partage de la Palestine : Contexte historique, Position des parties, Partage des populations, Réactions (arabes, juives), Texte de la résolution 181, Positions soviétiques, Qui a voté pour, contre, s’est abstenu, Conséquences du vote.
— Voir en complément la Résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations Unies (novembre 1947) concernant ce Plan de partage. Il portait sur la création de deux États (un État juif et un État arabe), la Zone de Jérusalem étant placée sous administration internationale. Près de huit décennies plus tard, les termes de la résolution 181 : la création de deux États [qui suppose un minimum de reconnaissance mutuelle], ne sont pas appliqués, seul l’état de crise actuelle conduisant à les remettre à l’ordre du jour.
[Consulter aussi le rapport préparatoire de l’UNESCOP, chapitre II : Les éléments du conflit .] [12]
— Collectif, Histoire de l’Autre, Liana Lévi, 2002. Titre anglais : Lerarning each others’s Historical Narrative : Cet ouvrage écrit par six professeurs Palestiniens et six professeurs Israéliens, est objectif à sa façon (en relation avec l’objet), en ce sens qu’il restitue les points de vue des deux parties et leurs profondes divergences, chacune considérant son point de vue comme “ce qui est juste”. Toutefois, selon le titre anglais, on considère dans la conjoncture des annés 2000 que chaque partie peut apprendre quelque chose de l’autre, et qu’une entreprise commune est encore envisageable, dans une situation moins brûlante que la situation actuelle. Trois moments historiques sont pris en considération : 1917 ; La Déclaration Balfour ; La guerre de 1948 ; 1987 ; La première Intifada.
- 11. Thomas Snégaroff Avant-Propos de l’ouvrage, Israël/Palestine. Anatomie d’un conflit, avec Vincent Lemire, Les Arènes, France-Inter, février 2024.↵
- 12. Notamment : facteurs géographiques et démographiques, ressources, immigration et accroissement naturel, les deux économies : agriculture, essor ndustriel, commerce extérieur, importation de capitaux, inflation, salaires et prix, dette agricole, données sur le mandat britannique, Foyer national juif, droits et situations des Arabes, institutions autonomes de l’économie locale, thèses en présence (juive, arabe), etc.↵